Ce matin, la lumière tombait différemment à travers les persiennes. Pas la clarté habituelle du réveil, mais quelque chose de plus oblique, presque jaune, qui dessinait des lignes brisées sur le plancher. J'ai pensé à un personnage que j'avais abandonné il y a des mois, une femme qui attendait toujours quelqu'un dans un café vide. Elle méritait mieux que mon silence.
J'ai ouvert le cahier rouge, celui que je garde pour les faux départs. Page trente-sept, son nom rayé trois fois. Pourquoi est-ce que je ne peux jamais la laisser partir? J'ai relu les premières lignes, et elles sonnaient fausses, comme si j'essayais trop fort de la rendre intéressante. Le problème n'était pas elle. C'était moi qui ne savais pas encore ce qu'elle attendait vraiment.
Alors j'ai tout effacé. Pas avec rage, mais avec une sorte de soulagement. Repartir de zéro, c'est aussi une forme de fidélité.
Vers midi, j'ai marché jusqu'au marché. Une vendeuse arrangeait des pivoines blanches, et elle a dit à sa collègue : « Tu vois, c'est ça le secret. Il faut couper en biais, sinon elles meurent dans la nuit. » Je me suis arrêtée. Parfois, les meilleures leçons arrivent quand on ne les cherche pas.
En rentrant, j'ai réécrit la scène du café. Cette fois, la femme n'attendait personne. Elle était simplement assise là, regardant la pluie tracer des chemins sur la vitre. Et c'était suffisant. Pas de résolution, pas d'explication. Juste un moment suspendu, comme cette lumière du matin.
Je ne sais pas encore où cette histoire va. Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, ça ne me dérange pas.
#écriture #fiction #processuscréatif #poésie