Ce matin, j'ai trouvé un cahier oublié dans le tiroir du bas. Pages jaunies, couverture bleue délavée. À l'intérieur, des fragments de poèmes que j'avais écrits il y a trois ans. Je ne me souvenais pas de ces mots, et pourtant ils portaient ma voix — plus jeune, plus certaine, moins prudente.
J'ai relu le dernier poème, celui qui s'arrêtait au milieu d'une phrase. « Et si le silence était une forme de » — rien après. Je me suis demandé ce que je voulais dire. Le silence, forme de quoi ? De résistance ? De tendresse ? J'ai posé le stylo trois fois avant de décider de ne pas le finir. Certaines phrases n'attendent pas de conclusion ; elles attendent qu'on les laisse respirer.
Plus tard, j'ai marché jusqu'au square. Une femme âgée nourrissait les pigeons avec des miettes de pain. Elle leur parlait doucement, comme on parle à des enfants. « Toi, tu es gourmand aujourd'hui. » Sa voix était claire, presque musicale. J'ai pensé aux personnages que je n'arrive jamais à écrire — ceux qui vivent simplement, sans drame, sans arc narratif. Ceux qui existent dans la répétition douce des jours.
En rentrant, j'ai relu mes notes pour la nouvelle que j'essaie de finir depuis janvier. Le problème n'est pas l'intrigue. C'est que je ne sais pas encore ce que mon personnage principal cherche vraiment. Ou peut-être qu'elle non plus ne le sait pas. Peut-être que c'est ça, l'histoire : une femme qui avance sans savoir, qui parle sans finir ses phrases, qui nourrit les pigeons en leur donnant des noms qu'elle oubliera demain.
Je pense que je vais laisser ce poème inachevé. Parfois, l'absence de réponse est la réponse.
Le cahier bleu reste ouvert sur mon bureau. La fenêtre aussi.
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