La lumière du matin tombait en biais sur mon bureau, découpant des rectangles pâles sur le parquet. J'avais ouvert le cahier avec l'intention d'écrire quelque chose de vrai, mais les mots restaient suspendus quelque part entre ma tête et ma main.
Commence juste, me suis-je dit. N'importe où.
J'ai écrit la première phrase qui m'est venue : « Elle attendait le train qui ne viendrait jamais. » Absurde, peut-être, mais c'était un début. Les mots suivants sont arrivés plus facilement, comme si cette première phrase avait ouvert une porte. Une femme sur un quai désert. Le vent dans les peupliers. L'odeur de créosote et de terre mouillée.
Puis j'ai fait une erreur. J'ai voulu expliquer pourquoi elle attendait, donner des raisons, construire une logique. Les phrases sont devenues lourdes, calculées. J'ai relu et tout sonnait faux.
J'ai barré trois paragraphes d'un trait. Ce que j'avais oublié, c'est que le mystère est parfois plus vrai que l'explication. Certaines personnes attendent des trains qui ne viendront pas. C'est tout. Le lecteur n'a pas besoin de savoir pourquoi pour sentir cette attente.
J'ai recommencé. Cette fois, je suis restée avec elle sur le quai. Le bruit de ses pas sur le béton. Le ciel qui changeait de couleur. Le silence énorme de la campagne autour de la gare. Pas de passé, pas de futur. Juste ce moment suspendu.
Quand j'ai refermé le cahier une heure plus tard, je ne savais toujours pas qui elle était. Mais je connaissais la texture de son attente, et c'était suffisant.
Parfois, écrire c'est apprendre à ne pas tout dire. À laisser de l'espace pour que les choses respirent.
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