Ce matin, j'ai trouvé une vieille lettre glissée dans un livre que je n'avais pas ouvert depuis des mois. L'encre avait pâli, les mots devenaient fantômes. Je ne me souvenais plus de qui l'avait écrite, ni pourquoi je l'avais gardée. Mais en la relisant, j'ai senti quelque chose se déplacer en moi, comme une pièce qui trouve enfin sa place dans un puzzle que je construis depuis trop longtemps.
J'ai passé l'après-midi à réécrire le chapitre trois. Encore. Je pensais avoir compris le personnage principal, mais il m'échappait à chaque phrase. Trop noble, trop prévisible. Puis j'ai eu cette idée stupide: et si elle mentait? Pas aux autres, à elle-même. Tout a changé. Les mots coulaient différemment, la voix sonnait juste. Parfois l'erreur est la porte qu'on cherchait.
Vers dix-sept heures, la lumière rasante est entrée par la fenêtre. Elle transformait mon bureau en quelque chose d'étrange, presque doré. J'ai levé les yeux de l'écran et j'ai regardé la poussière danser dans le rayon. Ces petites particules suspendues, sans but, magnifiques dans leur insignifiance. Je me suis demandé si c'était ça, écrire: attraper la poussière en plein vol et lui donner un sens.
J'ai relu mes pages ce soir. Trois cents mots de plus qu'hier, mais je ne sais pas s'ils sont bons. Peut-être que demain je les effacerai tous. Peut-être qu'ils resteront. C'est vendredi, les rues sont pleines de voix joyeuses, de gens qui rentrent vers leur week-end. Moi, je reste avec mes personnages, ces étrangers qui habitent ma tête.
Il y a une phrase qui me poursuit depuis des jours, lue quelque part: "Le silence aussi raconte des histoires." Je la garde précieusement, comme cette lettre pâlie. Un jour, elle trouvera sa place.
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