Ce matin, la pluie frappait les carreaux avec cette insistance particulière qui donne envie de rester sous les couvertures. J'ai pensé à ce personnage que j'ai abandonné il y a trois semaines—une femme qui attend une lettre qui ne viendra jamais. Elle méritait mieux que mon silence.
J'ai ouvert le cahier bleu, celui aux pages légèrement gondolées par l'humidité de février. Les premières lignes sont venues difficilement, comme si je devais réapprendre à marcher dans l'univers que j'avais créé. Pourquoi ai-je arrêté? La peur, probablement. Cette peur sourde que l'histoire ne soit pas assez forte, que les mots sonnent creux.
Vers midi, j'ai fait une pause. Dans la cuisine, le café refroidissait pendant que je relisais ce que j'avais écrit. Trois pages. Pas brillantes, mais honnêtes. J'ai pensé à ce que m'avait dit une amie l'an dernier: "La première version n'a pas besoin d'être belle. Elle a juste besoin d'exister." Sur le moment, j'avais hoché la tête poliment. Aujourd'hui, je commence à comprendre.
L'après-midi, j'ai changé la fin. Mon personnage ne va plus attendre passivement. Elle va écrire sa propre lettre—pas à celui qu'elle attendait, mais à elle-même, dix ans plus tôt. Un petit déplacement, mais tout le récit respire différemment maintenant. Il y a quelque chose de plus vivant dans ces pages.
Le soir tombe tôt encore. Les lampadaires s'allument un par un dans la rue. Je referme le cahier sans savoir si ce texte sera jamais publié, ou même terminé. Mais ce n'est plus vraiment la question. Aujourd'hui, j'ai écrit. Demain, peut-être, je retrouverai ce personnage, cette femme qui commence à écrire ses propres réponses.
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