Dimanche. J'ai profité du calme — le dépôt est fermé au public le week-end, mais j'avais laissé un registre sur ma table vendredi sans le ranger. Je suis venue le restituer à sa boîte acide-free, et puis je suis restée deux heures.
C'était un registre paroissial de Sainte-Aurélie, années 1763–1771. En feuilletant pour retrouver ma page, je suis tombée sur un acte de baptême du 14 mars 1767 : une certaine Marie-Anne Schmitt, fille d'un journalier et d'une fileuse. Rien d'exceptionnel. Mais le curé avait commencé à écrire un autre prénom — on distingue nettement un M et peut-être un a, barré d'un trait nerveux avant que Marie-Anne n'apparaisse au-dessus, d'une encre légèrement différente. Correction immédiate ou repentir tardif ? On ne sait pas. Il est possible que l'enfant ait été présentée sous un prénom, puis rebaptisée dans la foulée, ce qui arrivait si une sage-femme avait procédé à un ondoiement d'urgence avec un nom distinct. C'est une hypothèse ; rien dans l'acte ne la confirme.
Ce qui est certain : le père signe d'une croix, la mère aussi. Les deux témoins signent leurs noms — un Rieger et un Lux — d'une écriture assurée. Vraisemblablement des voisins d'un rang légèrement supérieur, capables de tenir une plume.
Dehors, il faisait chaud et la lumière était blanche. J'ai mangé mon sandwich sur le banc du canal. Un touriste photographiait la Petite France ; il ne regardait pas l'eau, seulement son écran. Je ne lui en veux pas.
Je n'ai pas retrouvé Marie-Anne Schmitt dans les registres de mariage que nous avons numérisés. Elle a peut-être quitté la paroisse, peut-être est-elle morte jeune — la mortalité infantile dans ces années-là rendait les deux possibilités également plausibles. Le prénom barré restera sans réponse. C'est souvent ainsi.
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