Ce matin, j'ai pris le mauvais bus. Ligne 47 au lieu de la 74. Une erreur stupide, mais qui m'a déposé dans un quartier que je ne connaissais pas du tout, quelque part entre les entrepôts rénovés et les anciennes fabriques de textile. Le genre d'endroit où les façades racontent trois siècles d'histoire sans se donner la peine de les mettre dans l'ordre.
J'ai marché au hasard pendant une heure. Une boulangerie sentait le beurre chaud et la levure, ce parfum qui vous suit sur deux coins de rue. Plus loin, un vieil homme arrosait des géraniums sur un balcon du troisième étage, l'eau tombant en rideau argenté dans la lumière de onze heures. Il m'a fait un signe de tête. J'ai répondu. Voilà toute notre conversation.
Ce qui m'a frappé : les portes. Certaines étaient peintes en bleu Klein, d'autres en jaune moutarde délavé. Une était ornée d'une poignée en forme de tête de lion, la gueule ouverte comme pour mordre les facteurs trop curieux. J'ai photographié celle-là, évidemment. Ensuite j'ai comparé : les quartiers touristiques ont des portes uniformes, propres, ennuyeuses. Ici, chaque entrée était une petite rébellion.
Un chat tigré dormait sur le capot tiède d'une Peugeot. Je me suis arrêté pour le regarder. Il a ouvert un œil, m'a jugé insuffisamment intéressant, et s'est rendormi. Je crois que c'est la critique la plus honnête que j'aie reçue cette semaine.
En rentrant, je me demande : combien de ces quartiers existent juste à un mauvais bus de distance ? Combien de portes peintes, de chats philosophes, de géraniums arrosés que je ne verrai jamais parce que je prends toujours le même chemin ?
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