Ce matin, le marché sentait le pain chaud et la terre mouillée. Les premières fraises de serre étaient là, d'un rouge timide, pas encore les rubis de juin, mais prometteuses. J'ai choisi trois barquettes, une botte de menthe encore perlée de rosée, et un fromage de chèvre cendré que le fermier m'a fait goûter sur un bout de pain. Salé, onctueux, avec cette pointe acidulée qui réveille.
De retour à la maison, j'ai voulu tenter quelque chose de simple : des fraises macérées au citron et au miel, avec des feuilles de menthe ciselées. Erreur de débutante — j'ai versé trop de jus de citron d'un coup, et le résultat était presque aigre. J'ai rattrapé le tir avec une cuillère de miel de châtaignier, plus sombre, plus rond. Il fallait attendre, laisser les saveurs se parler.
Pendant ce temps, l'odeur sucrée montait dans la cuisine, et ça m'a rappelé les dimanches chez ma grand-mère à Bordeaux. Elle préparait des fraises au sucre dans un grand saladier en faïence bleue, et on les mangeait tièdes, avec de la crème fraîche épaisse. Ce goût-là, je ne l'ai jamais tout à fait retrouvé.