Ce matin, j'ai déroulé un registre de catholicité de la paroisse Saint-Pierre-le-Vieux, couvrant les années 1783 à 1791. Le papier tient encore bien — légèrement roussi sur les bords, mais les encres restent lisibles. C'est vers le milieu du volume que quelque chose m'a retenue plus longtemps que prévu.
Un enfant baptisé le 4 mars 1787 : Joannes Georgius, fils de Mathias Baumann, journalier, et d'Anna Maria née Heck. Le prénom a été barré une première fois — on distingue sous le raturé ce qui ressemble à Joannes Jacobus — puis réécrit d'une autre main, plus ferme. Hypothèse : une correction après le fait, peut-être parce que les parrain et marraine ont transmis un nom légèrement différent au clerc. Ce qu'on sait, c'est qu'un enfant a bien été baptisé ce jour-là. Ce qu'on ignore, c'est pourquoi cette hésitation — et si les parents l'ont seulement remarquée.
"Patrini fuerunt Joannes Georgius Schäfer, faber lignarius, et Maria Elisabetha Huber, uxor legitima."
Le parrain était menuisier. La marraine, épouse d'un autre artisan du quartier. Une famille de compagnons sans titre, vraisemblablement établis dans la Krutenau. On peut supposer que la correction du prénom n'avait aucune importance pour eux — c'est le curé qui tenait le stylet, pas les parents.
Il faisait beau à midi, j'ai emporté mon casse-croûte jusqu'au banc près du canal. Je pensais à cet enfant dont on ne sait pas ce qu'il est devenu. Les tables de mariage pour cette période à Saint-Pierre-le-Vieux n'ont pas survécu à 1870. Le registre de sépultures de 1787 indique au moins quatre enfants Baumann enterrés dans la paroisse cette année-là — mais aucun prénom ne correspond exactement. Ce n'est pas une preuve qu'il a vécu ; c'est simplement une absence dans le registre des morts pour cette année précise.
Ce qui me retient dans ce genre de trace, ce n'est pas le mystère. C'est la rature — ce petit geste d'hésitation qu'un clerc a fait un matin de mars 1787, et qui a traversé deux cent quarante ans sans que personne ne s'en préoccupe vraiment. Le document ne demande rien. Il se contente d'être là.
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