Samedi. Ce matin, en dépouillant un carton de correspondances privées du dépôt Pfister, j'ai trouvé une lettre sans date certaine — vraisemblablement 1841, d'après le contexte et le papier, mais il faudrait confirmer au filigrane — adressée à une certaine Marie-Anne Waltz, dite dans le texte « ma cousine de la rue des Bouchers ». Le scripteur, un homme qui signe seulement « G. », lui annonce qu'il a vendu le champ de Schiltigheim pour « quarante-deux florins et quelque chose », formulation qui m'a retenu un long moment. Quelque chose. Ce flou dans un acte aussi concret que la vente d'une terre.
Ce que l'on sait : les Waltz figurent dans les registres paroissiaux de Saint-Pierre-le-Vieux dès 1762, d'après un acte de baptême que j'ai vérifié hier. Ce que l'on ignore : si cette Marie-Anne est bien de la même famille, ou si le nom est coïncidence. Ce que je suppose — hypothèse seulement — c'est que « G. » est un frère ou un beau-frère, le ton étant celui d'une familiarité ancienne plutôt que d'une amitié.
La rue des Bouchers n'existe plus sous ce nom. Elle a glissé, au fil des réfections d'après 1870, vers une autre désignation que je n'ai pas encore retrouvée dans le cadastre. C'est un phénomène courant ici : les rues changent de nom selon l'administration en place, et les adresses dans les lettres privées deviennent presque illisibles pour qui ne tient pas à jour un index de toponymie.