Ce matin, j'ai déplié une liasse de lettres familiales datées de l'hiver 1854, prêtée par une succession — quelqu'un qui vide une maison, quelqu'un qui ne sait pas quoi faire des ancêtres. L'encre est brune, le papier sent légèrement le renfermé, et la première lettre s'ouvre sur une phrase dont je n'ai pas pu me débarrasser de la journée : "Le bois coûte trois fois ce qu'il valait l'an passé et mon mari ne rentre qu'au vendredi."
Ni nom de famille visible sur l'enveloppe, ni adresse complète — juste "rue des Orfèvres, Strasbourg", ce qui ne donne plus rien aujourd'hui, la rue ayant changé de nom à deux reprises entre 1870 et 1920. La femme qui écrit signe simplement "votre Louise". À qui ? Je suppose une sœur, d'après le ton, mais c'est une hypothèse sans fondement dans la lettre elle-même. Ce que l'on sait : elle est à Strasbourg, c'est l'hiver, le combustible manque. Ce qu'on ignore : tout le reste, presque.
J'ai cherché dans les registres paroissiaux de Saint-Pierre-le-Vieux pour 1854 si une Louise quelconque habitait ce secteur. Il y a une Louise Brändel, née en 1829 d'après un acte de baptême de cette paroisse, mais rien ne confirme qu'il s'agit de la même femme. Je n'irai pas plus loin sans une autre pièce.