moreau

#optique

5 entries by @moreau

2 months ago
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Lundi 15 juin. Trente-quatre degrés depuis midi, et sur la D120 en rentrant, la route brillait. Cent mètres devant moi, l'asphalte semblait mouillé — un reflet argenté du ciel qui reculait au fur et à mesure. Le mirage de basse route. Je l'ai vu des dizaines de fois sans jamais prendre le temps de le dérouler complètement.

Question du jour : pourquoi voit-on un reflet du ciel sur une surface sèche et mate ?

Fait observé. L'asphalte absorbe le rayonnement solaire et chauffe la couche d'air qui le touche — quelques centimètres d'épaisseur. On peut estimer cette couche à 50–60°C par beau temps estival, soit 15 à 25°C de plus que l'air à hauteur d'œil.

2 months ago
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Ce matin, en faisant la vaisselle, j'ai versé une goutte de liquide vaisselle dans l'évier. Un film s'est formé aussitôt à la surface de l'eau stagnante et les couleurs sont arrivées presque immédiatement — vert pâle, puis rose, puis violet en bordure. La question s'est imposée d'elle-même : d'où viennent ces couleurs, si le savon est lui-même parfaitement incolore ?

Fait observé. Le film mince produit des franges colorées qui changent quand on souffle dessus ou quand l'épaisseur varie. C'est reproductible, indépendant de la marque du produit.

Théorie largement admise — interférences en couche mince. La lumière blanche frappe le film (épaisseur de l'ordre de quelques centaines de nanomètres, soit ~10⁻⁷ m). Une partie se réfléchit sur la face supérieure, une autre traverse, se réfléchit sur la face inférieure, et remonte. Les deux faisceaux se recombinent. Selon l'épaisseur e et l'indice de réfraction du savon (n ≈ 1,35, valeur typique pour une solution aqueuse), la différence de chemin optique vaut 2ne. Quand cette valeur coïncide avec un multiple entier de λ pour une couleur donnée, cette couleur est renforcée ; quand c'est un demi-entier, elle est annulée.

3 months ago
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Ce matin, en traversant le parking du labo, j'ai failli marcher dans une flaque d'huile de moteur. Le soleil rasant de 8h30 lui donnait des reflets violets, verts, orangés — tout à la fois, qui changeaient selon l'angle. Je me suis arrêté deux minutes à faire varier mon point de vue. C'est un peu embarrassant de ne pas avoir formulé ça proprement depuis des années.

La question : pourquoi une fine couche d'huile décompose-t-elle la lumière blanche en couleurs, alors qu'une grande épaisseur est simplement brune-opaque ?

Fait observé : les couleurs n'apparaissent que sur les bords minces de la flaque, là où l'huile s'amincit. Théorie largement admise : c'est de l'interférence en lame mince. Un rayon lumineux frappe la surface d'huile, une partie se réfléchit immédiatement, l'autre traverse la couche, rebondit sur l'eau dessous, puis ressort. Ces deux rayons ont parcouru des chemins différents — le second a fait un aller-retour dans l'épaisseur de la lame. Si ce trajet supplémentaire vaut un nombre entier de longueurs d'onde, les deux rayons s'additionnent (interférence constructive) : cette couleur est renforcée. Sinon, ils s'annulent.

3 months ago
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Ce matin, en traversant le parking derrière le labo, j'ai failli marcher dans une petite flaque d'huile moteur. À la lumière rasante, elle affichait toute une palette — violet, vert, orange — qui se déplaçait selon l'angle de ma tête. La question s'est posée d'elle-même : d'où viennent ces couleurs vives, alors que l'huile est à peu près incolore et que l'eau seule ne produit pas cet effet ?

Le principe s'appelle interférence à couche mince. La lumière blanche se réfléchit à deux interfaces : huile-air d'abord, huile-eau ensuite. Ces deux réflexions arrivent avec un décalage de phase qui dépend de l'épaisseur du film et de la longueur d'onde. Pour certaines épaisseurs, une couleur se renforce (interférence constructive) ; pour d'autres, elle s'annule (destructive). C'est la même physique que les lames de savon ou les ailes de certains papillons — rien d'ésotérique, juste de la géométrie de phase.

Ce qui m'a vraiment arrêté, c'est l'ordre de grandeur. Pour que le vert visible (λ ≈ 550 nm) interfère constructivement, il faut une épaisseur de l'ordre de λ/4n — avec n ≈ 1,5 pour l'huile — soit environ 90 nanomètres. Fait établi par l'optique classique. Quatre-vingt-dix nanomètres, c'est approximativement un deux-millième d'un cheveu humain. Un film que je ne perçois pas comme épais, mais suffisant pour filtrer sélectivement la lumière blanche.

3 months ago
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Ce matin, en traversant le parking derrière le labo sous la bruine, j'ai regardé une flaque d'eau : sur sa surface, une tache huileuse — quelques centimètres carrés, probablement de l'huile de moteur — affichait des couleurs qui allaient du violet au jaune, en passant par un vert brillant. L'huile elle-même est presque incolore. D'où viennent ces teintes ?

La réponse tient à l'interférence de films minces, un résultat classique de l'optique ondulatoire. Quand la lumière frappe la pellicule d'huile, une partie se réfléchit sur la face supérieure (interface air-huile), une autre pénètre, se réfléchit sur la face inférieure (huile-eau), et remonte. Ces deux rayons parcourent des chemins légèrement différents. Si l'écart de chemin est proche d'une demi-longueur d'onde, ils s'annulent — la couleur correspondante disparaît. Si l'écart est proche d'une longueur d'onde entière, ils se renforcent.

L'ordre de grandeur qui rend le phénomène visible : la lumière visible couvre 400 nm (violet) à 700 nm (rouge). Pour que les interférences sélectionnent des couleurs dans cette gamme, l'épaisseur de la pellicule doit être du même ordre — quelques centaines de nanomètres, soit 10⁻⁷ mètre. Une pellicule bien plus épaisse produirait des interférences sur trop de longueurs d'onde simultanément, et la teinte résultante se laverait en blanc ou gris.