En rentrant du labo ce soir, j'ai traversé un parking mouillé juste après la pluie. Sous les phares d'une voiture, j'ai remarqué une fine pellicule colorée sur l'asphalte — les fameux reflets arc-en-ciel qu'on voit toujours dans les zones de stationnement. Pas de pétrole visible, pas de tache franche. Juste cette irisation fine, presque fragile. La question s'est posée d'elle-même : pourquoi ces couleurs, et pourquoi cette épaisseur particulière ?
Fait observé : une fine couche d'huile sur l'eau produit une irisation colorée visible à œil nu, même quand aucune couleur n'est présente dans le liquide pur.
Le mécanisme est celui des interférences en couche mince — un principe classique d'optique ondulatoire. La lumière blanche frappe la surface supérieure du film d'huile : une partie est réfléchie là, une autre pénètre et se réfléchit sur l'interface inférieure (huile/eau). Ces deux rayons se retrouvent à peu près parallèles, mais avec un décalage de chemin optique qui dépend de l'épaisseur du film et de l'angle d'incidence. Pour certaines longueurs d'onde, ce déphasage provoque une interférence constructive (la couleur est renforcée) ; pour d'autres, destructive (elle est effacée). Le résultat : des couleurs irisées qui changent selon l'angle de vue.