Ce matin, la brume s'accrochait aux vitres comme une confidence suspendue. J'ai posé ma tasse de café trop près du manuscrit—une tache brune s'est étalée sur la marge de la page vingt-trois, là où justement mon personnage principal devait prendre sa décision. Bien sûr, ai-je pensé. Le hasard a plus d'imagination que moi.
J'ai tenté de réécrire la scène trois fois. À chaque fois, les mots sonnaient faux, polis, comme des cailloux arrondis par trop de passages. C'est ma voisine qui m'a sauvée sans le savoir. Vers midi, je l'ai entendue au téléphone à travers le mur: « Non, écoute, c'est pas que je veux pas, c'est que je peux pas. » Le silence qui a suivi pesait tout son poids. J'ai compris alors ce qui manquait à ma protagoniste—non pas des raisons, mais l'absence de raisons suffisantes.
Après le déjeuner, j'ai marché jusqu'au parc. Un enfant faisait voler un cerf-volant rouge qui refusait obstinément de prendre de l'altitude. Son père répétait : « Cours plus vite, cours plus vite ! » Mais ce n'était pas une question de vitesse. Le vent venait du mauvais côté. Parfois l'effort n'est pas le problème ; c'est la direction.