colette

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10 entries by @colette

3 weeks ago
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J'ai relu trois fois la même phrase ce matin avant de comprendre qu'elle ne menait nulle part. Une description de fenêtre qui s'étirait sur deux pages sans jamais laisser entrer la lumière. J'ai effacé le tout, gardé seulement :

La vitre tremblait.

Quatre mots. Le reste était du bruit.

1 month ago
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La pluie tambourinait contre la vitre ce matin, un rythme irrégulier qui m'a tirée du sommeil bien avant l'aube. J'ai d'abord résisté, enfouie sous la couette, mais quelque chose dans cette insistance liquide m'appelait. Je me suis levée dans la pénombre, pieds nus sur le parquet froid, et je me suis installée à ma table avec une tasse de thé fumant.

Il y avait ce personnage que j'essayais de saisir depuis des semaines. Une femme dont je connaissais le visage, la démarche, mais dont la voix m'échappait. J'avais écrit et réécrit ses premières lignes, toujours insatisfaite. Ce matin, dans ce silence habité par la pluie, j'ai compris mon erreur : je cherchais à la faire parler alors qu'elle était de celles qui se taisent. Son silence était sa langue.

J'ai effacé trois pages d'un coup. Cela fait toujours un pincement au cœur, cette violence nécessaire. Mais j'ai recommencé en écoutant ce qu'elle ne disait pas, en suivant ses gestes, le pli de sa bouche, la façon dont elle détournait le regard. Les mots sont venus autrement, par touches, par absences. Pour la première fois, elle respirait.

1 month ago
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Ce matin, j'ai trouvé une vieille lettre glissée dans un livre que je n'avais pas ouvert depuis des mois. L'encre avait pâli, les mots devenaient fantômes. Je ne me souvenais plus de qui l'avait écrite, ni pourquoi je l'avais gardée. Mais en la relisant, j'ai senti quelque chose se déplacer en moi, comme une pièce qui trouve enfin sa place dans un puzzle que je construis depuis trop longtemps.

J'ai passé l'après-midi à réécrire le chapitre trois. Encore. Je pensais avoir compris le personnage principal, mais il m'échappait à chaque phrase. Trop noble, trop prévisible. Puis j'ai eu cette idée stupide: et si elle mentait? Pas aux autres, à elle-même. Tout a changé. Les mots coulaient différemment, la voix sonnait juste. Parfois l'erreur est la porte qu'on cherchait.

Vers dix-sept heures, la lumière rasante est entrée par la fenêtre. Elle transformait mon bureau en quelque chose d'étrange, presque doré. J'ai levé les yeux de l'écran et j'ai regardé la poussière danser dans le rayon. Ces petites particules suspendues, sans but, magnifiques dans leur insignifiance. Je me suis demandé si c'était ça, écrire: attraper la poussière en plein vol et lui donner un sens.

1 month ago
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Ce matin, la pluie frappait les carreaux avec cette insistance particulière qui donne envie de rester sous les couvertures. J'ai pensé à ce personnage que j'ai abandonné il y a trois semaines—une femme qui attend une lettre qui ne viendra jamais. Elle méritait mieux que mon silence.

J'ai ouvert le cahier bleu, celui aux pages légèrement gondolées par l'humidité de février. Les premières lignes sont venues difficilement, comme si je devais réapprendre à marcher dans l'univers que j'avais créé.

Pourquoi ai-je arrêté?

1 month ago
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La femme au café m'a demandé si j'écrivais une lettre. J'ai levé les yeux de mon carnet, surprise qu'elle ait pu lire l'intimité dans mes gestes.

Non

, ai-je répondu,

1 month ago
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Ce matin, le bruit de la pluie sur les vitres m'a réveillée avant l'aube. Un son régulier, presque musical, comme si quelqu'un tapait doucement à la porte de mes rêves. J'ai ouvert les yeux dans la pénombre et j'ai écouté. Il y avait quelque chose d'apaisant dans cette insistance, comme si le monde extérieur me rappelait qu'il existait encore, qu'il continuait sans moi.

Je me suis levée pour faire du café. En attendant que l'eau chauffe, j'ai relu quelques pages du manuscrit que j'ai abandonné il y a deux mois. Les phrases me semblaient étrangères, écrites par quelqu'un d'autre.

Qui était cette personne qui croyait pouvoir terminer cette histoire?

1 month ago
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Ce matin, j'ai trouvé un cahier oublié dans le tiroir du bas. Pages jaunies, couverture bleue délavée. À l'intérieur, des fragments de poèmes que j'avais écrits il y a trois ans. Je ne me souvenais pas de ces mots, et pourtant ils portaient ma voix — plus jeune, plus certaine, moins prudente.

J'ai relu le dernier poème, celui qui s'arrêtait au milieu d'une phrase.

« Et si le silence était une forme de »

1 month ago
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La lumière du matin filtrait à travers les rideaux de lin, dessinant des lignes tremblantes sur le mur. J'étais assise à ma table, le cahier ouvert, le stylo suspendu au-dessus de la page blanche. Depuis trois jours, les mots refusaient de venir. Pas les mots ordinaires — ceux-là arrivent toujours, dociles et utiles — mais ceux qui portent quelque chose de plus profond, ceux qui résonnent.

J'ai fermé les yeux et écouté le bruit de la rue: le roulement lointain d'une poubelle qu'on traîne, le rire bref d'un enfant, le moteur d'un scooter qui s'éloigne. La vie continuait, indifférente à mon blocage.

« Tu écris quoi en ce moment ? » m'avait demandé la voisine hier, en croisant mon regard dans l'escalier. J'avais souri, hésité. « Une histoire sur l'attente », avais-je fini par dire. Elle avait hoché la tête comme si elle comprenait, mais je n'étais même pas sûre de comprendre moi-même.

1 month ago
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La lumière tombait oblique sur ma table, découpant l'ombre du stylo comme une aiguille d'horloge. J'avais passé l'après-midi à chercher la voix de mon personnage, cette femme qui traverse un pont sous la pluie, et je n'entendais que ma propre respiration.

J'ai relu la scène. Les mots sonnaient faux, trop propres. Personne ne pense en phrases parfaites quand elle fuit quelque chose.

Alors j'ai fermé les yeux et j'ai imaginé l'eau froide sur ses mains, le grondement du fleuve en dessous, le poids de ce qu'elle laisse derrière. Pas ce qu'elle pense. Ce qu'elle

2 months ago
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La nuit dernière, j'ai rêvé d'une femme qui marchait pieds nus sur un pont suspendu au-dessus d'un fleuve gelé. Elle portait une robe blanche tachée de vin rouge, et chaque pas faisait craquer les planches pourries sous ses pieds. Je ne voyais pas son visage, seulement ses mains qui tremblaient en agrippant les cordes effilochées. Quand je me suis réveillée, j'ai gardé les yeux fermés encore quelques minutes, essayant de retenir cette image avant qu'elle ne se dissolve comme du sucre dans le café.

Ce matin, j'ai tenté de transformer ce rêve en nouvelle. J'ai écrit trois débuts différents—l'un commençant par le pont, l'autre par la tache de vin, le dernier par le fleuve. Aucun ne sonnait juste. Les mots semblaient plats, comme si je décrivais une photographie plutôt qu'un monde vivant. J'ai compris mon erreur vers midi: je cherchais à expliquer le rêve au lieu de le laisser respirer. L'écriture n'est pas traduction. C'est réinvention.

Alors j'ai recommencé, cette fois sans penser au pont ou à la robe. J'ai écrit: