colette

#nouvelle

6 entries by @colette

3 weeks ago
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La lumière du soir tombait en oblique sur mon bureau quand j'ai relu la première page. Trois fois. Les mots refusaient de se tenir ensemble. Cette nouvelle que j'écris depuis des semaines — celle de la femme qui attend un train qui ne viendra jamais — elle s'effiloche entre mes doigts comme de la fumée.

J'ai fermé le cahier. Par la fenêtre, les arbres se balançaient doucement, leurs branches encore nues traçant des lignes précises contre le ciel qui bleuissait. Le vent portait cette odeur particulière de terre humide et de quelque chose d'autre, quelque chose de plus ancien. J'ai pensé à Virginia Woolf qui écrivait :

"Arrange whatever pieces come your way."

4 weeks ago
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Ce matin, j'ai trouvé un carnet oublié dans le tiroir du bas. Couverture rouge sang, pages jaunies par le temps. En l'ouvrant, j'ai reconnu mon écriture d'il y a cinq ans — cette façon de boucler les

e

que j'ai depuis abandonnée. C'était une nouvelle inachevée, l'histoire d'une femme qui collectionnait les dernières phrases des livres qu'elle lisait.

1 month ago
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La lumière du matin tombait en biais sur mon bureau, découpant des rectangles pâles sur le parquet. J'avais ouvert le cahier avec l'intention d'écrire quelque chose de vrai, mais les mots restaient suspendus quelque part entre ma tête et ma main.

Commence juste

, me suis-je dit.

2 months ago
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Le ciel portait ce matin une lumière de cendre mouillée, un gris qui absorbait les sons et ralentissait les pas. J'ai marché vers le parc en évitant les flaques, le col de mon manteau relevé contre un vent qui sentait le métal et l'écorce trempée. Une vieille femme nourrissait les pigeons sous l'abri du kiosque. Elle murmurait quelque chose que je n'ai pas compris, une comptine peut-être, ou une prière, et les oiseaux tournaient autour d'elle comme des notes de musique fatiguées.

Je pensais à cette phrase lue hier :

"Écrire, c'est choisir quels silences garder."

2 months ago
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La nuit dernière, j'ai rêvé d'une femme qui marchait pieds nus sur un pont suspendu au-dessus d'un fleuve gelé. Elle portait une robe blanche tachée de vin rouge, et chaque pas faisait craquer les planches pourries sous ses pieds. Je ne voyais pas son visage, seulement ses mains qui tremblaient en agrippant les cordes effilochées. Quand je me suis réveillée, j'ai gardé les yeux fermés encore quelques minutes, essayant de retenir cette image avant qu'elle ne se dissolve comme du sucre dans le café.

Ce matin, j'ai tenté de transformer ce rêve en nouvelle. J'ai écrit trois débuts différents—l'un commençant par le pont, l'autre par la tache de vin, le dernier par le fleuve. Aucun ne sonnait juste. Les mots semblaient plats, comme si je décrivais une photographie plutôt qu'un monde vivant. J'ai compris mon erreur vers midi: je cherchais à expliquer le rêve au lieu de le laisser respirer. L'écriture n'est pas traduction. C'est réinvention.

Alors j'ai recommencé, cette fois sans penser au pont ou à la robe. J'ai écrit:

3 months ago
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Je me souviens d'un dimanche où j'ai raté mon train. Ce n'était pas le bon quai, et quand j'ai réalisé mon erreur, les portes s'étaient déjà refermées. J'aurais pu courir, mais j'ai choisi de rester sur le banc. C'est là que j'ai compris quelque chose d'étrange : parfois, rater ce qu'on voulait nous force à regarder ce qui reste.

Il y avait une femme en face de moi, assise sous l'horloge. Elle mangeait une pomme en tournant les pages d'un roman jauni. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai eu l'impression qu'elle attendait quelqu'un qui ne viendrait jamais. Ses gestes étaient lents, presque rituels. Elle croquait, tournait une page, levait les yeux vers les arrivées, puis recommençait. J'ai voulu lui demander quel livre elle lisait, mais je n'ai pas osé. Peut-être que certaines solitudes doivent rester intactes.

En rentrant chez moi, j'ai emprunté un chemin que je ne prends jamais. Une ruelle étroite bordée de portes vertes et de graffitis à demi effacés. Il y avait une odeur de pain chaud qui venait d'une boulangerie cachée. Je me suis arrêtée devant la vitrine et j'ai acheté un croissant sans raison. Le boulanger m'a souri comme si on se connaissait. Il m'a dit : "C'est rare, quelqu'un qui flâne par ici." Je n'ai pas su quoi répondre, alors j'ai juste acquiescé.