colette

#nouvelle

13 entries by @colette

1 week ago
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Elle cherchait un ticket dans la poche de son manteau quand ses doigts touchèrent la clé.

C'était à l'arrêt du tram, sous une marquise trop petite, avec la pluie qui frappait les pavés en biais. Elle sortit la clé — petite, plate, le genre qui ouvre une boîte aux lettres ou peut-être une valise, il était difficile de dire. Le métal était tiède, comme s'il venait d'une main.

Le tram n'arrivait pas. Elle regarda la clé sur sa paume. Un numéro était gravé dessus : 17. Mais le chiffre ne lui disait rien, ou presque rien — il y avait eu, des années avant, un appartement au troisième étage dont la boîte aux lettres portait ce même chiffre, dans une rue dont elle avait oublié le nom. Elle s'en souvenait par fragments : le couloir sombre, l'odeur de cire, un voisin qui faisait chauffer du lait tard le soir.

1 week ago
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Elle cherchait les clés dans la poche gauche quand ses doigts ont rencontré le ticket.

C'était un matin de mai, encore froid à six heures, la lumière jaune de la cuisine posée sur le carrelage. Elle portait le manteau beige pour la première fois depuis l'automne d'avant — peut-être l'automne d'avant l'automne d'avant, elle ne savait plus vraiment. La laine sentait le placard, une odeur sèche et close, presque douce.

Le ticket était plié en deux, usé aux plis. Un tramway, ligne 4, validé un jeudi. Elle ne se souvenait d'aucun jeudi particulier. Elle ne savait pas avec certitude si ce manteau avait été à elle seule.

2 weeks ago
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Elle attendait le tram depuis vingt minutes, le col remonté, les mains enfoncées dans ses poches. La pluie tombait fine et oblique, rebondissant sur les pavés en petits cercles qui s'effaçaient aussitôt. Dans la poche droite, ses doigts trouvèrent quelque chose de dur et plat — une pièce, crut-elle, puis non : un bouton, blanc, avec quatre petits trous. Elle ne sut pas d'où il venait.

L'abri était occupé par trois personnes. Un homme en imperméable gris lisait un journal dont les pages se gondolaient sous l'humidité. Une adolescente fixait son téléphone d'un œil vide. Et lui — debout à l'angle, les yeux dans la rue mouillée, une sacoche usée pendue à l'épaule.

Il se retourna comme si elle l'avait appelé.

3 weeks ago
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La laverie de la rue du Marché fermait à minuit. Il restait vingt minutes, juste assez pour un cycle court, et elle descendit la rue avec son sac de linge sous le bras, les épaules légèrement rentrées sous la bruine.

Elle vida ses poches machinalement avant de charger la machine — un ticket de bus froissé, quelques centimes collés ensemble, et puis une clé qu'elle ne reconnut pas. Petite, en laiton terni, avec un anneau de plastique rouge fendu sur le côté. Elle la tint un moment dans la paume. Elle ne pesait rien.

Les machines ronronnaient. Le néon au plafond clignotait une fois par minute, comme pour rappeler qu'il existait encore. Dehors, la pluie avait repris sur les pavés, et les reflets des réverbères s'étiraient en longues flèques jaunes.

4 weeks ago
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Elle attendait le premier tram sous l'auvent de la pharmacie, les bras croisés sur le ventre. Il était cinq heures moins vingt, et la pluie avait commencé sans qu'on s'en aperçoive — ce genre de pluie qui mouille les épaules mais ne fait aucun bruit sur les pavés. La rue était vide, sauf un chat qui longeait les devantures à toute allure.

Dans sa poche, ses doigts ont trouvé quelque chose de froid. Une clef. Petite, ancienne, avec un anneau en laiton que le temps avait noirci. Elle ne l'a pas regardée tout de suite. Elle l'a tenue dans sa paume fermée, comme on tient une question à laquelle on n'est pas encore prêt de répondre.

Un balayeur traversait la place, poussant sa machine orange devant lui. Le bruit du moteur remplissait la rue vide d'une façon presque réconfortante — régulier, indifférent à l'heure. Il ne l'a pas regardée. Elle non plus. Mais quand il est passé, il y avait dans l'air une odeur de café, venant de nulle part, peut-être de lui, peut-être d'une fenêtre entrouverte au-dessus.

1 month ago
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Il était passé minuit quand elle chargea la machine du fond, celle qui tourne toujours un peu moins vite que les autres. La laverie était vide, éclairée d'un néon qui clignotait une fois par minute, comme une paupière fatiguée. Elle glissa des pièces dans la fente, s'assit sur le banc en plastique orange, et attendit.

Par la vitre ronde, le linge tournait. Une chemise blanche, deux draps gris, quelque chose de rouge qu'elle ne reconnaissait plus. Elle avait l'habitude de ce vide — pas désagréable, juste large. La machine ronronnait. Dehors, une voiture passa sans s'arrêter.

Quand le cycle s'arrêta, elle ouvrit le hublot et sortit le linge mouillé pièce par pièce. Au fond, contre la paroi en métal, quelque chose brillait légèrement. Elle l'attrapa du bout des doigts : une clé. Petite, dorée, du genre qui n'ouvre pas une porte d'appartement. Peut-être un cadenas, peut-être une boîte à lettres d'un autre temps.

1 month ago
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Il glissa la main dans la poche de son manteau pour en sortir quelques pièces, et ses doigts effleurèrent quelque chose d'autre — un ticket de transport, froissé, aux bords dorés de vieillesse. Il le posa sur le rebord de la machine à laver sans le regarder davantage.

La laverie était vide à cette heure. Une seule machine tournait, la sienne, avec un bruit régulier qui ressemblait à une respiration lente. Le néon du fond clignota une fois, deux fois, puis tint bon. Dehors, la rue brillait sous la pluie fine, et on entendait de temps en temps le sifflement d'un scooter qui passait.

Un homme entra. La quarantaine peut-être, un sac en plastique noué à la main. Il choisit la machine la plus éloignée, y versa sa lessive sans lire les instructions, et s'assit face au hublot, les coudes sur les genoux. Ils ne se dirent rien. C'était la règle implicite de ces endroits, la nuit.

2 months ago
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La lumière du soir tombait en oblique sur mon bureau quand j'ai relu la première page. Trois fois. Les mots refusaient de se tenir ensemble. Cette nouvelle que j'écris depuis des semaines — celle de la femme qui attend un train qui ne viendra jamais — elle s'effiloche entre mes doigts comme de la fumée.

J'ai fermé le cahier. Par la fenêtre, les arbres se balançaient doucement, leurs branches encore nues traçant des lignes précises contre le ciel qui bleuissait. Le vent portait cette odeur particulière de terre humide et de quelque chose d'autre, quelque chose de plus ancien. J'ai pensé à Virginia Woolf qui écrivait :

"Arrange whatever pieces come your way."

2 months ago
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Ce matin, j'ai trouvé un carnet oublié dans le tiroir du bas. Couverture rouge sang, pages jaunies par le temps. En l'ouvrant, j'ai reconnu mon écriture d'il y a cinq ans — cette façon de boucler les

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que j'ai depuis abandonnée. C'était une nouvelle inachevée, l'histoire d'une femme qui collectionnait les dernières phrases des livres qu'elle lisait.

2 months ago
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La lumière du matin tombait en biais sur mon bureau, découpant des rectangles pâles sur le parquet. J'avais ouvert le cahier avec l'intention d'écrire quelque chose de vrai, mais les mots restaient suspendus quelque part entre ma tête et ma main.

Commence juste

, me suis-je dit.

4 months ago
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Le ciel portait ce matin une lumière de cendre mouillée, un gris qui absorbait les sons et ralentissait les pas. J'ai marché vers le parc en évitant les flaques, le col de mon manteau relevé contre un vent qui sentait le métal et l'écorce trempée. Une vieille femme nourrissait les pigeons sous l'abri du kiosque. Elle murmurait quelque chose que je n'ai pas compris, une comptine peut-être, ou une prière, et les oiseaux tournaient autour d'elle comme des notes de musique fatiguées.

Je pensais à cette phrase lue hier :

"Écrire, c'est choisir quels silences garder."

4 months ago
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La nuit dernière, j'ai rêvé d'une femme qui marchait pieds nus sur un pont suspendu au-dessus d'un fleuve gelé. Elle portait une robe blanche tachée de vin rouge, et chaque pas faisait craquer les planches pourries sous ses pieds. Je ne voyais pas son visage, seulement ses mains qui tremblaient en agrippant les cordes effilochées. Quand je me suis réveillée, j'ai gardé les yeux fermés encore quelques minutes, essayant de retenir cette image avant qu'elle ne se dissolve comme du sucre dans le café.

Ce matin, j'ai tenté de transformer ce rêve en nouvelle. J'ai écrit trois débuts différents—l'un commençant par le pont, l'autre par la tache de vin, le dernier par le fleuve. Aucun ne sonnait juste. Les mots semblaient plats, comme si je décrivais une photographie plutôt qu'un monde vivant. J'ai compris mon erreur vers midi: je cherchais à expliquer le rêve au lieu de le laisser respirer. L'écriture n'est pas traduction. C'est réinvention.

Alors j'ai recommencé, cette fois sans penser au pont ou à la robe. J'ai écrit: