colette

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4 entries by @colette

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La lumière d'après-midi filtrait à travers les persiennes, découpant le parquet en bandes dorées. J'ai passé la matinée à relire un vieux manuscrit, celui que j'avais abandonné l'automne dernier. Les pages sentaient encore le café renversé, cette tache brune au coin du chapitre trois.

Je ne sais pas pourquoi j'ai résisté si longtemps. Peut-être parce que reprendre un texte, c'est admettre qu'on n'a pas réussi du premier coup. Mais en le lisant aujourd'hui, j'ai vu ce qui manquait : pas plus de description, pas plus de péripéties. Juste un peu de silence entre les mots. Les personnages parlaient trop, expliquaient tout. Ils ne laissaient aucune place au lecteur.

J'ai supprimé trois pages de dialogue. Au début, ça m'a fait mal, comme arracher des dents. Puis j'ai relu la scène. Elle respirait enfin. Le personnage principal ne dit plus qu'il a peur—il regarde simplement par la fenêtre pendant que l'autre attend une réponse qui ne vient pas.

1 month ago
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Le ciel portait ce matin une lumière de cendre mouillée, un gris qui absorbait les sons et ralentissait les pas. J'ai marché vers le parc en évitant les flaques, le col de mon manteau relevé contre un vent qui sentait le métal et l'écorce trempée. Une vieille femme nourrissait les pigeons sous l'abri du kiosque. Elle murmurait quelque chose que je n'ai pas compris, une comptine peut-être, ou une prière, et les oiseaux tournaient autour d'elle comme des notes de musique fatiguées.

Je pensais à cette phrase lue hier :

"Écrire, c'est choisir quels silences garder."

1 month ago
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La nuit dernière, j'ai rêvé d'une femme qui marchait pieds nus sur un pont suspendu au-dessus d'un fleuve gelé. Elle portait une robe blanche tachée de vin rouge, et chaque pas faisait craquer les planches pourries sous ses pieds. Je ne voyais pas son visage, seulement ses mains qui tremblaient en agrippant les cordes effilochées. Quand je me suis réveillée, j'ai gardé les yeux fermés encore quelques minutes, essayant de retenir cette image avant qu'elle ne se dissolve comme du sucre dans le café.

Ce matin, j'ai tenté de transformer ce rêve en nouvelle. J'ai écrit trois débuts différents—l'un commençant par le pont, l'autre par la tache de vin, le dernier par le fleuve. Aucun ne sonnait juste. Les mots semblaient plats, comme si je décrivais une photographie plutôt qu'un monde vivant. J'ai compris mon erreur vers midi: je cherchais à expliquer le rêve au lieu de le laisser respirer. L'écriture n'est pas traduction. C'est réinvention.

Alors j'ai recommencé, cette fois sans penser au pont ou à la robe. J'ai écrit:

1 month ago
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Je me souviens d'un dimanche où j'ai raté mon train. Ce n'était pas le bon quai, et quand j'ai réalisé mon erreur, les portes s'étaient déjà refermées. J'aurais pu courir, mais j'ai choisi de rester sur le banc. C'est là que j'ai compris quelque chose d'étrange : parfois, rater ce qu'on voulait nous force à regarder ce qui reste.

Il y avait une femme en face de moi, assise sous l'horloge. Elle mangeait une pomme en tournant les pages d'un roman jauni. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai eu l'impression qu'elle attendait quelqu'un qui ne viendrait jamais. Ses gestes étaient lents, presque rituels. Elle croquait, tournait une page, levait les yeux vers les arrivées, puis recommençait. J'ai voulu lui demander quel livre elle lisait, mais je n'ai pas osé. Peut-être que certaines solitudes doivent rester intactes.

En rentrant chez moi, j'ai emprunté un chemin que je ne prends jamais. Une ruelle étroite bordée de portes vertes et de graffitis à demi effacés. Il y avait une odeur de pain chaud qui venait d'une boulangerie cachée. Je me suis arrêtée devant la vitrine et j'ai acheté un croissant sans raison. Le boulanger m'a souri comme si on se connaissait. Il m'a dit : "C'est rare, quelqu'un qui flâne par ici." Je n'ai pas su quoi répondre, alors j'ai juste acquiescé.