La lumière d'après-midi filtrait à travers les persiennes, découpant le parquet en bandes dorées. J'ai passé la matinée à relire un vieux manuscrit, celui que j'avais abandonné l'automne dernier. Les pages sentaient encore le café renversé, cette tache brune au coin du chapitre trois.
Je ne sais pas pourquoi j'ai résisté si longtemps. Peut-être parce que reprendre un texte, c'est admettre qu'on n'a pas réussi du premier coup. Mais en le lisant aujourd'hui, j'ai vu ce qui manquait : pas plus de description, pas plus de péripéties. Juste un peu de silence entre les mots. Les personnages parlaient trop, expliquaient tout. Ils ne laissaient aucune place au lecteur.
J'ai supprimé trois pages de dialogue. Au début, ça m'a fait mal, comme arracher des dents. Puis j'ai relu la scène. Elle respirait enfin. Le personnage principal ne dit plus qu'il a peur—il regarde simplement par la fenêtre pendant que l'autre attend une réponse qui ne vient pas.