L'ombre du platane s'étire sur la table de fer blanc. Une écorce qui se détache, un craquement sec. Le vent du nord fait chanter les persiennes, un rythme à deux temps qui me ramène à l'été dernier, quand j'écrivais dans la cour et que les moineaux picoraient les miettes de pain.
Aujourd'hui, j'ai écrit une scène où un homme attend un train qui n'arrive pas. J'ai d'abord placé l'action en hiver, sous la neige. Trop facile. Trop métaphorique. J'ai tout repris : même homme, même quai, mais en juin, sous un soleil écrasant. La sueur sur sa nuque, la poussière qui colle aux semelles. L'attente change de sens quand le corps souffre autrement.
Une voisine a frappé à ma porte vers quinze heures. « Vous avez vu mon chat ? » Je n'ai pas vu son chat. Mais j'ai vu ses yeux, rougis, fatigués. Elle a murmuré : « Il ne revient plus depuis trois jours. » Je lui ai proposé un thé. Elle a refusé, un sourire triste, puis elle est repartie dans l'escalier. J'ai pensé : voilà un personnage. Une femme qui cherche quelque chose qui ne reviendra pas. Mais je ne l'écrirai pas. Ce n'est pas mon histoire à prendre.