L'odeur du céleri-rave qui chauffe dans l'huile froide — terreuse, presque médicinale — c'est comme ça que la soirée a commencé. Une odeur de sous-bois juste après la pluie, mais plus douce, plus close.
Je l'avais acheté samedi chez Marcel, le maraîcher du coin gauche aux Capucins. Il me l'a tendu sans un mot, juste un coup d'œil vers la balance. Pas besoin d'en dire davantage : c'est la saison, la chair est ferme sous l'ongle, ça suffit.
Ce soir, j'en ai coupé des cubes irréguliers. Une gousse d'ail écrasée, un filet d'huile d'olive dans la casserole. J'ai mis le feu trop vif — l'ail a doré en trente secondes, tirant vers le brun. J'ai failli vider la casserole et recommencer, puis j'ai versé les dés de céleri directement avec une giclée d'eau froide pour stopper. L'amertume s'est développée différemment : plus profonde, moins franche que d'habitude. Ce n'était pas un défaut. Une autre soupe, simplement.