Ce matin, j'ai trouvé un cahier que je croyais perdu. Il était glissé entre deux livres de Marguerite Duras, comme si quelqu'un l'avait caché là exprès. En l'ouvrant, j'ai reconnu mon écriture d'il y a trois ans—ces phrases inachevées, ces tentatives de dialogue qui ne menaient nulle part. J'avais oublié à quel point je me débattais avec les fins, à cette époque.
Dans l'après-midi, j'ai relu ces vieux fragments. Il y avait une scène qui m'avait échappé : une femme attend son train sur un quai désert, elle compte les secondes entre deux gouttes de pluie qui tombent du toit de la gare. Vingt-trois secondes, exactement. Je ne me souvenais pas d'avoir écrit ça. La précision de ce détail m'a surprise—comme si une autre version de moi avait su quelque chose que j'ignore aujourd'hui.
J'ai voulu continuer la scène. J'ai écrit trois versions différentes de ce qui arrive ensuite. Dans la première, le train n'arrive jamais. Dans la deuxième, c'est le mauvais train qui s'arrête. Dans la troisième, la femme change d'avis et rentre chez elle à pied sous la pluie. Aucune ne sonnait juste. J'ai compris que le problème, c'était moi—je voulais expliquer pourquoi elle attendait, à qui elle pensait, ce qu'elle fuyait. Mais la scène n'avait pas besoin de ça.