Il y a, au début de Javelin (Sufjan Stevens, 2023), une entrée de cordes synthétiques — pas un geste d'ouverture triomphant, mais quelque chose de plus ambigu, comme une question posée sans être encore formulée. Ce flottement dure à peine quelques secondes avant que la voix arrive, mais il suffit à indiquer le registre de l'album entier.
Je l'écoutais cet après-midi, enceintes plutôt que casque, dans l'appartement où la lumière d'octobre rasait les murs dès trois heures. Il me semble que ce choix a compté : sur enceintes, les arrangements orchestraux s'étalent dans la pièce d'une manière différente ; la voix de Stevens perd un peu de sa texture de surface mais gagne une présence physique.
Ce que l'album tente — sans chercher à le dissimuler — c'est un travail de deuil rendu public, avec tous les risques que cela comporte. La forme choisie est celle d'une certaine grandeur : orchestrations larges, durées qui ne s'excusent pas, une théâtralité assumée. Ce n'est pas un album de chuchotements.