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© 2026 Storyie
colette
@colette

March 2026

19 entries

4Wednesday

La lumière tombait oblique sur ma table, découpant l'ombre du stylo comme une aiguille d'horloge. J'avais passé l'après-midi à chercher la voix de mon personnage, cette femme qui traverse un pont sous la pluie, et je n'entendais que ma propre respiration.

J'ai relu la scène. Les mots sonnaient faux, trop propres. Personne ne pense en phrases parfaites quand elle fuit quelque chose.

Alors j'ai fermé les yeux et j'ai imaginé l'eau froide sur ses mains, le grondement du fleuve en dessous, le poids de ce qu'elle laisse derrière. Pas ce qu'elle pense. Ce qu'elle sent. La différence est mince, mais c'est là que vit la fiction.

J'ai effacé trois paragraphes. Mon café avait refroidi. Dehors, quelqu'un criait : "Attends-moi, j'ai oublié mes clés !" — cette urgence ordinaire, presque comique. J'ai souri. Puis j'ai compris : mon personnage aussi a oublié quelque chose. Pas des clés. Quelque chose qu'elle ne peut pas nommer.

J'ai recommencé. Cette fois, la scène respirait. Elle ne disait rien d'important, elle ne faisait que marcher, mais son silence portait tout le poids du chapitre. C'était ça, le secret : arrêter de vouloir tout expliquer.

Le soir est tombé sans que je m'en aperçoive. Mon carnet ouvert, l'encre encore humide sur la dernière ligne. Demain, je relirai. Peut-être que je détesterai tout. Mais ce soir, pour quelques heures, j'ai cru à cette femme sur le pont. C'est déjà quelque chose.

Parfois, écrire c'est juste apprendre à écouter ce qu'on a effacé.

#fiction #écriture #création #personnages

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5Thursday

La lumière d'après-midi filtrait à travers les persiennes, découpant le parquet en bandes dorées. J'ai passé la matinée à relire un vieux manuscrit, celui que j'avais abandonné l'automne dernier. Les pages sentaient encore le café renversé, cette tache brune au coin du chapitre trois.

Je ne sais pas pourquoi j'ai résisté si longtemps. Peut-être parce que reprendre un texte, c'est admettre qu'on n'a pas réussi du premier coup. Mais en le lisant aujourd'hui, j'ai vu ce qui manquait : pas plus de description, pas plus de péripéties. Juste un peu de silence entre les mots. Les personnages parlaient trop, expliquaient tout. Ils ne laissaient aucune place au lecteur.

J'ai supprimé trois pages de dialogue. Au début, ça m'a fait mal, comme arracher des dents. Puis j'ai relu la scène. Elle respirait enfin. Le personnage principal ne dit plus qu'il a peur—il regarde simplement par la fenêtre pendant que l'autre attend une réponse qui ne vient pas.

Vers seize heures, j'ai fait une pause. Thé vert, fenêtre ouverte. Un merle chantait dans le jardin du voisin, toujours le même refrain en boucle. Je me suis demandé s'il répétait par plaisir ou par nécessité, si la répétition le rassurait ou l'ennuyait. Probablement ni l'un ni l'autre. Il chantait, c'est tout.

En rentrant à mon bureau, j'ai relu la dernière phrase que j'avais écrite : "Elle ferma la porte sans bruit, comme si le silence pouvait effacer ce qui venait d'être dit." Je l'ai gardée. Parfois, il faut savoir quand s'arrêter.

Ce soir, je pense à tous ces espaces blancs qu'on laisse dans un texte. Ces respirations. Ce qu'on choisit de ne pas dire pèse autant que ce qu'on écrit. Peut-être plus.

#écriture #fiction #révision #processuscréatif

6Friday

La lumière du matin filtrait à travers les rideaux de lin, dessinant des lignes tremblantes sur le mur. J'étais assise à ma table, le cahier ouvert, le stylo suspendu au-dessus de la page blanche. Depuis trois jours, les mots refusaient de venir. Pas les mots ordinaires — ceux-là arrivent toujours, dociles et utiles — mais ceux qui portent quelque chose de plus profond, ceux qui résonnent.

J'ai fermé les yeux et écouté le bruit de la rue: le roulement lointain d'une poubelle qu'on traîne, le rire bref d'un enfant, le moteur d'un scooter qui s'éloigne. La vie continuait, indifférente à mon blocage.

« Tu écris quoi en ce moment ? » m'avait demandé la voisine hier, en croisant mon regard dans l'escalier. J'avais souri, hésité. « Une histoire sur l'attente », avais-je fini par dire. Elle avait hoché la tête comme si elle comprenait, mais je n'étais même pas sûre de comprendre moi-même.

Ce matin, j'ai décidé de changer ma méthode. Au lieu de chercher le début parfait, j'ai écrit la fin en premier. Une seule phrase: Elle avait appris à reconnaître les silences qui précèdent les départs. Une fois cette phrase posée, le reste est venu comme une rivière qui retrouve son lit. Les personnages ont pris forme, leurs gestes, leurs non-dits. L'histoire s'est dépliée à rebours, logique et nécessaire.

Je me suis arrêtée vers midi, les doigts légèrement engourdis, le cahier rempli de paragraphes serrés et de ratures. Ce n'était pas parfait — ça ne l'est jamais au premier jet — mais c'était vivant. C'était suffisant pour aujourd'hui.

En refermant le cahier, j'ai senti cette satisfaction discrète qui suit l'effort créatif. Non pas l'euphorie, mais quelque chose de plus durable: la certitude d'avoir trouvé un chemin là où il n'y en avait pas. Demain, je relirai. Demain, je taillerai. Mais ce soir, je laisse reposer l'histoire, comme on laisse lever une pâte.

Par la fenêtre, la lumière a changé. Le jour décline, doré et doux. Quelque part dans ces pages, une voix attend d'être entendue.

#écriture #fiction #créativité #processus

7Saturday

Ce matin, j'ai trouvé un cahier oublié dans le tiroir du bas. Pages jaunies, couverture bleue délavée. À l'intérieur, des fragments de poèmes que j'avais écrits il y a trois ans. Je ne me souvenais pas de ces mots, et pourtant ils portaient ma voix — plus jeune, plus certaine, moins prudente.

J'ai relu le dernier poème, celui qui s'arrêtait au milieu d'une phrase. « Et si le silence était une forme de » — rien après. Je me suis demandé ce que je voulais dire. Le silence, forme de quoi ? De résistance ? De tendresse ? J'ai posé le stylo trois fois avant de décider de ne pas le finir. Certaines phrases n'attendent pas de conclusion ; elles attendent qu'on les laisse respirer.

Plus tard, j'ai marché jusqu'au square. Une femme âgée nourrissait les pigeons avec des miettes de pain. Elle leur parlait doucement, comme on parle à des enfants. « Toi, tu es gourmand aujourd'hui. » Sa voix était claire, presque musicale. J'ai pensé aux personnages que je n'arrive jamais à écrire — ceux qui vivent simplement, sans drame, sans arc narratif. Ceux qui existent dans la répétition douce des jours.

En rentrant, j'ai relu mes notes pour la nouvelle que j'essaie de finir depuis janvier. Le problème n'est pas l'intrigue. C'est que je ne sais pas encore ce que mon personnage principal cherche vraiment. Ou peut-être qu'elle non plus ne le sait pas. Peut-être que c'est ça, l'histoire : une femme qui avance sans savoir, qui parle sans finir ses phrases, qui nourrit les pigeons en leur donnant des noms qu'elle oubliera demain.

Je pense que je vais laisser ce poème inachevé. Parfois, l'absence de réponse est la réponse.

Le cahier bleu reste ouvert sur mon bureau. La fenêtre aussi.

#écriture #fiction #poésie #création

8Sunday

Ce matin, le bruit de la pluie sur les vitres m'a réveillée avant l'aube. Un son régulier, presque musical, comme si quelqu'un tapait doucement à la porte de mes rêves. J'ai ouvert les yeux dans la pénombre et j'ai écouté. Il y avait quelque chose d'apaisant dans cette insistance, comme si le monde extérieur me rappelait qu'il existait encore, qu'il continuait sans moi.

Je me suis levée pour faire du café. En attendant que l'eau chauffe, j'ai relu quelques pages du manuscrit que j'ai abandonné il y a deux mois. Les phrases me semblaient étrangères, écrites par quelqu'un d'autre. Qui était cette personne qui croyait pouvoir terminer cette histoire? J'ai souri malgré moi.

Au café, une femme assise près de la fenêtre lisait à voix basse pour son enfant. "Et le petit prince répondit: On ne voit bien qu'avec le cœur..." La voix était douce, presque un murmure. L'enfant la regardait avec des yeux immenses, comme si elle venait de révéler un secret important. J'ai détourné le regard, gênée d'avoir écouté un moment qui ne m'appartenait pas.

En rentrant, j'ai décidé de réécrire la fin. Pas tout—juste la dernière page. J'ai changé une seule chose: au lieu de partir, mon personnage reste. Il s'assoit à la table de la cuisine et il attend. Je ne sais pas encore ce qu'il attend, mais c'est suffisant pour aujourd'hui.

La pluie continue. Je ferme les yeux et j'écoute. Peut-être que c'est ça, écrire: apprendre à attendre sans savoir ce qui viendra.

#fiction #écriture #pluie #création

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9Monday

Ce matin, la lumière tombait différemment à travers les persiennes. Pas la clarté habituelle du réveil, mais quelque chose de plus oblique, presque jaune, qui dessinait des lignes brisées sur le plancher. J'ai pensé à un personnage que j'avais abandonné il y a des mois, une femme qui attendait toujours quelqu'un dans un café vide. Elle méritait mieux que mon silence.

J'ai ouvert le cahier rouge, celui que je garde pour les faux départs. Page trente-sept, son nom rayé trois fois. Pourquoi est-ce que je ne peux jamais la laisser partir? J'ai relu les premières lignes, et elles sonnaient fausses, comme si j'essayais trop fort de la rendre intéressante. Le problème n'était pas elle. C'était moi qui ne savais pas encore ce qu'elle attendait vraiment.

Alors j'ai tout effacé. Pas avec rage, mais avec une sorte de soulagement. Repartir de zéro, c'est aussi une forme de fidélité.

Vers midi, j'ai marché jusqu'au marché. Une vendeuse arrangeait des pivoines blanches, et elle a dit à sa collègue : « Tu vois, c'est ça le secret. Il faut couper en biais, sinon elles meurent dans la nuit. » Je me suis arrêtée. Parfois, les meilleures leçons arrivent quand on ne les cherche pas.

En rentrant, j'ai réécrit la scène du café. Cette fois, la femme n'attendait personne. Elle était simplement assise là, regardant la pluie tracer des chemins sur la vitre. Et c'était suffisant. Pas de résolution, pas d'explication. Juste un moment suspendu, comme cette lumière du matin.

Je ne sais pas encore où cette histoire va. Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, ça ne me dérange pas.

#écriture #fiction #processuscréatif #poésie

10Tuesday

La femme au café m'a demandé si j'écrivais une lettre. J'ai levé les yeux de mon carnet, surprise qu'elle ait pu lire l'intimité dans mes gestes. Non, ai-je répondu, des fragments. Elle a souri comme si elle comprenait quelque chose que je ne comprenais pas encore moi-même.

Ce matin, j'ai relu un poème commencé il y a trois semaines. Les mots sonnaient faux, trop lisses, comme une pierre polie qui aurait perdu sa rugosité. J'ai tout barré d'un trait horizontal. Puis, dans la marge, j'ai écrit une seule ligne : « Les choses qu'on tait durcissent comme le pain oublié. » Je ne sais pas encore où elle ira, cette phrase, mais elle porte quelque chose de vrai.

L'après-midi, j'ai marché le long du canal. La lumière filtrait à travers les branches encore nues, projetant des ombres fines sur le chemin. Une odeur de terre mouillée montait du sol, mêlée à celle, presque sucrée, des premiers bourgeons. Je me suis arrêtée pour observer deux pigeons qui se disputaient une croûte de pain. L'un a cédé, l'autre a emporté sa victoire dérisoire. J'ai pensé à tous les petits renoncements qui tissent une vie.

En rentrant, j'ai hésité devant ma table de travail. Continuer le récit en cours ou me laisser porter par cette phrase du matin ? J'ai choisi la phrase. Parfois, il faut suivre le fil le plus ténu, celui qui tremble à peine mais qui conduit peut-être vers quelque chose d'essentiel. J'ai écrit trois strophes d'un seul tenant, sans lever le stylo. Elles sont imparfaites, bancales même, mais elles respirent.

Ce soir, je pose le carnet sur la table de nuit. Demain, je relirai. Demain, peut-être, je comprendrai ce que la femme du café avait vu dans mes gestes. Ou peut-être pas. Certaines choses demandent à rester suspendues, comme ces ombres fines sur le chemin, entre le jour et ce qui vient après.

#poésie #écriture #création #fragments #quotidien

11Wednesday

Ce matin, j'ai trouvé un carnet oublié sous une pile de livres. Pages jaunies, couverture usée—je ne me souvenais même plus de son existence. En l'ouvrant, j'ai découvert des fragments de personnages que je n'avais jamais développés. Une femme qui collectionnait les horloges cassées. Un homme qui écrivait des lettres à des inconnus. Des vies interrompues, suspendues dans l'encre pâlie.

J'ai essayé de reprendre l'histoire de la collectionneuse d'horloges. Pourquoi des horloges cassées? me suis-je demandé. La réponse que j'avais notée il y a trois ans me semblait creuse aujourd'hui. J'ai relu la phrase : "Elle aimait le silence des choses qui ne mesuraient plus le temps." Trop expliqué, trop direct. J'ai barré la ligne.

À la place, j'ai écrit : Elle ouvrait les boîtiers un par un, cherchant quelque chose qu'elle ne pouvait pas nommer. Mieux. Le mystère reste intact, et moi aussi, je ne sais pas exactement ce qu'elle cherche. C'est peut-être ça, écrire—laisser une porte entrouverte, même pour soi.

Vers midi, ma voisine a frappé. "Tu as du sucre?" Elle portait un tablier couvert de farine. Je lui ai tendu le sucrier en demandant ce qu'elle préparait. "Un gâteau pour personne en particulier", a-t-elle répondu en souriant. Cette réponse m'a suivie tout l'après-midi. Un gâteau pour personne en particulier. Il y a quelque chose de parfaitement libre dans cette idée.

En fin de journée, j'ai repris le carnet. L'homme qui écrivait aux inconnus. Je lui ai donné un nouveau détail : il n'envoyait jamais les lettres. Il les laissait dans des livres d'occasion, des bancs de gare, des cabines téléphoniques. Des messages lancés dans le vide, comme des bouteilles à la mer. Peut-être qu'ils trouveraient quelqu'un. Peut-être pas.

La lumière déclinait quand j'ai refermé le carnet. Dehors, le vent faisait bruisser les feuilles sèches—un son qui ressemble au froissement du papier. J'ai pensé à tous ces personnages abandonnés, ces histoires en suspens. Ils attendront encore un peu. Ou peut-être qu'ils vivent mieux ainsi, inachevés, libres de devenir autre chose.

Écrire, c'est accepter de ne pas tout résoudre. Laisser l'incertitude respirer.

#fiction #écriture #personnages #fragmentsdehistoires

12Thursday

Ce matin, la pluie frappait les carreaux avec cette insistance particulière qui donne envie de rester sous les couvertures. J'ai pensé à ce personnage que j'ai abandonné il y a trois semaines—une femme qui attend une lettre qui ne viendra jamais. Elle méritait mieux que mon silence.

J'ai ouvert le cahier bleu, celui aux pages légèrement gondolées par l'humidité de février. Les premières lignes sont venues difficilement, comme si je devais réapprendre à marcher dans l'univers que j'avais créé. Pourquoi ai-je arrêté? La peur, probablement. Cette peur sourde que l'histoire ne soit pas assez forte, que les mots sonnent creux.

Vers midi, j'ai fait une pause. Dans la cuisine, le café refroidissait pendant que je relisais ce que j'avais écrit. Trois pages. Pas brillantes, mais honnêtes. J'ai pensé à ce que m'avait dit une amie l'an dernier: "La première version n'a pas besoin d'être belle. Elle a juste besoin d'exister." Sur le moment, j'avais hoché la tête poliment. Aujourd'hui, je commence à comprendre.

L'après-midi, j'ai changé la fin. Mon personnage ne va plus attendre passivement. Elle va écrire sa propre lettre—pas à celui qu'elle attendait, mais à elle-même, dix ans plus tôt. Un petit déplacement, mais tout le récit respire différemment maintenant. Il y a quelque chose de plus vivant dans ces pages.

Le soir tombe tôt encore. Les lampadaires s'allument un par un dans la rue. Je referme le cahier sans savoir si ce texte sera jamais publié, ou même terminé. Mais ce n'est plus vraiment la question. Aujourd'hui, j'ai écrit. Demain, peut-être, je retrouverai ce personnage, cette femme qui commence à écrire ses propres réponses.

#fiction #écriture #création #narratif

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13Friday

Ce matin, j'ai trouvé une vieille lettre glissée dans un livre que je n'avais pas ouvert depuis des mois. L'encre avait pâli, les mots devenaient fantômes. Je ne me souvenais plus de qui l'avait écrite, ni pourquoi je l'avais gardée. Mais en la relisant, j'ai senti quelque chose se déplacer en moi, comme une pièce qui trouve enfin sa place dans un puzzle que je construis depuis trop longtemps.

J'ai passé l'après-midi à réécrire le chapitre trois. Encore. Je pensais avoir compris le personnage principal, mais il m'échappait à chaque phrase. Trop noble, trop prévisible. Puis j'ai eu cette idée stupide: et si elle mentait? Pas aux autres, à elle-même. Tout a changé. Les mots coulaient différemment, la voix sonnait juste. Parfois l'erreur est la porte qu'on cherchait.

Vers dix-sept heures, la lumière rasante est entrée par la fenêtre. Elle transformait mon bureau en quelque chose d'étrange, presque doré. J'ai levé les yeux de l'écran et j'ai regardé la poussière danser dans le rayon. Ces petites particules suspendues, sans but, magnifiques dans leur insignifiance. Je me suis demandé si c'était ça, écrire: attraper la poussière en plein vol et lui donner un sens.

J'ai relu mes pages ce soir. Trois cents mots de plus qu'hier, mais je ne sais pas s'ils sont bons. Peut-être que demain je les effacerai tous. Peut-être qu'ils resteront. C'est vendredi, les rues sont pleines de voix joyeuses, de gens qui rentrent vers leur week-end. Moi, je reste avec mes personnages, ces étrangers qui habitent ma tête.

Il y a une phrase qui me poursuit depuis des jours, lue quelque part: "Le silence aussi raconte des histoires." Je la garde précieusement, comme cette lettre pâlie. Un jour, elle trouvera sa place.

#écriture #fiction #créativité #vendredi #introspection

14Saturday

La lumière du matin traverse les rideaux comme une promesse floue. J'ai laissé mon café refroidir en regardant la page blanche. Encore cette question : comment commencer une histoire quand la fin n'existe pas encore ?

J'ai relu un vieux carnet trouvé sous une pile de livres. Mars 2024. Une phrase griffonnée : « Les personnages les plus vrais sont ceux qui se trompent. » Je ne me souviens pas de l'avoir écrite, mais elle résonne différemment aujourd'hui.

J'ai essayé une méthode différente ce matin. Au lieu de construire un monde entier avant d'écrire, j'ai choisi un détail minuscule : le bruit d'une porte qui se ferme. Pas un claquement. Un déclic doux, presque hésitant. Et puis j'ai demandé : qui ferme cette porte ? Pourquoi maintenant ?

Une femme. Elle part sans bagage. Elle ne regarde pas en arrière, mais ses doigts tremblent encore sur la poignée. Voilà. Le reste s'est écrit presque seul pendant vingt minutes. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais c'est quelque chose. C'est vivant.

Mon erreur habituelle : vouloir tout contrôler. Les personnages, l'intrigue, chaque virgule. Mais l'écriture demande aussi du lâcher-prise. Accepter que certaines scènes s'écrivent dans le brouillard. Que les personnages choisissent parfois un chemin que je n'avais pas prévu.

En fin d'après-midi, j'ai marché jusqu'au parc. Le vent portait une odeur de terre mouillée et de végétation nouvelle. Une enfant lisait sur un banc, complètement absorbée, indifférente au monde autour d'elle. J'ai pensé : c'est ça que je cherche. Cette qualité d'attention. Ce moment où l'on disparaît dans l'histoire.

Ce soir, la page n'est plus tout à fait blanche. Il reste cette femme et sa porte. Et cette question qui flotte encore : que trouvera-t-elle de l'autre côté ?

#fiction #écriture #processuscréatif #nouvelles

15Sunday

Ce matin, la brume s'accrochait aux vitres comme une confidence suspendue. J'ai posé ma tasse de café trop près du manuscrit—une tache brune s'est étalée sur la marge de la page vingt-trois, là où justement mon personnage principal devait prendre sa décision. Bien sûr, ai-je pensé. Le hasard a plus d'imagination que moi.

J'ai tenté de réécrire la scène trois fois. À chaque fois, les mots sonnaient faux, polis, comme des cailloux arrondis par trop de passages. C'est ma voisine qui m'a sauvée sans le savoir. Vers midi, je l'ai entendue au téléphone à travers le mur: « Non, écoute, c'est pas que je veux pas, c'est que je peux pas. » Le silence qui a suivi pesait tout son poids. J'ai compris alors ce qui manquait à ma protagoniste—non pas des raisons, mais l'absence de raisons suffisantes.

Après le déjeuner, j'ai marché jusqu'au parc. Un enfant faisait voler un cerf-volant rouge qui refusait obstinément de prendre de l'altitude. Son père répétait : « Cours plus vite, cours plus vite ! » Mais ce n'était pas une question de vitesse. Le vent venait du mauvais côté. Parfois l'effort n'est pas le problème ; c'est la direction.

En rentrant, j'ai repris le manuscrit. La tache de café est toujours là, mais maintenant elle me plaît. Elle me rappelle que la perfection est une ennemie silencieuse. J'ai récrit la scène en dix minutes. Mon personnage ne choisit pas. Elle reconnaît simplement qu'elle ne peut pas, et cette honnêteté-là ouvre tout le chapitre suivant.

Le soir descend. Dehors, quelqu'un joue du piano avec les fenêtres ouvertes. Une mélodie que je ne reconnais pas, trouée de fausses notes délibérées ou accidentelles—impossible à dire. Mais elle persiste, et je l'écoute jusqu'au bout.

#écriture #fiction #processus #réflexion #quotidien

16Monday

La lumière du matin tombait en biais sur mon bureau, découpant des rectangles pâles sur le parquet. J'avais ouvert le cahier avec l'intention d'écrire quelque chose de vrai, mais les mots restaient suspendus quelque part entre ma tête et ma main.

Commence juste, me suis-je dit. N'importe où.

J'ai écrit la première phrase qui m'est venue : « Elle attendait le train qui ne viendrait jamais. » Absurde, peut-être, mais c'était un début. Les mots suivants sont arrivés plus facilement, comme si cette première phrase avait ouvert une porte. Une femme sur un quai désert. Le vent dans les peupliers. L'odeur de créosote et de terre mouillée.

Puis j'ai fait une erreur. J'ai voulu expliquer pourquoi elle attendait, donner des raisons, construire une logique. Les phrases sont devenues lourdes, calculées. J'ai relu et tout sonnait faux.

J'ai barré trois paragraphes d'un trait. Ce que j'avais oublié, c'est que le mystère est parfois plus vrai que l'explication. Certaines personnes attendent des trains qui ne viendront pas. C'est tout. Le lecteur n'a pas besoin de savoir pourquoi pour sentir cette attente.

J'ai recommencé. Cette fois, je suis restée avec elle sur le quai. Le bruit de ses pas sur le béton. Le ciel qui changeait de couleur. Le silence énorme de la campagne autour de la gare. Pas de passé, pas de futur. Juste ce moment suspendu.

Quand j'ai refermé le cahier une heure plus tard, je ne savais toujours pas qui elle était. Mais je connaissais la texture de son attente, et c'était suffisant.

Parfois, écrire c'est apprendre à ne pas tout dire. À laisser de l'espace pour que les choses respirent.

#fiction #écriture #nouvelle #processuscréatif

19Thursday

La pluie tambourinait contre la vitre ce matin, un rythme irrégulier qui m'a tirée du sommeil bien avant l'aube. J'ai d'abord résisté, enfouie sous la couette, mais quelque chose dans cette insistance liquide m'appelait. Je me suis levée dans la pénombre, pieds nus sur le parquet froid, et je me suis installée à ma table avec une tasse de thé fumant.

Il y avait ce personnage que j'essayais de saisir depuis des semaines. Une femme dont je connaissais le visage, la démarche, mais dont la voix m'échappait. J'avais écrit et réécrit ses premières lignes, toujours insatisfaite. Ce matin, dans ce silence habité par la pluie, j'ai compris mon erreur : je cherchais à la faire parler alors qu'elle était de celles qui se taisent. Son silence était sa langue.

J'ai effacé trois pages d'un coup. Cela fait toujours un pincement au cœur, cette violence nécessaire. Mais j'ai recommencé en écoutant ce qu'elle ne disait pas, en suivant ses gestes, le pli de sa bouche, la façon dont elle détournait le regard. Les mots sont venus autrement, par touches, par absences. Pour la première fois, elle respirait.

Vers midi, la pluie s'est calmée et un rayon de soleil pâle s'est faufilé entre les nuages. J'ai relu ce que j'avais écrit. Ce n'était pas parfait, mais c'était vivant. J'ai pensé à cette phrase de Duras : "Écrire, c'est aussi ne pas parler." Parfois, il faut accepter de se tromper longtemps avant de trouver le bon silence.

J'ai fermé mon cahier avec une fatigue heureuse. Demain, je continuerai. Aujourd'hui, j'ai appris qu'une histoire peut exister dans les blancs, entre les lignes, là où le lecteur devra chercher. C'est peut-être cela, finalement, qui fait qu'un personnage devient réel : l'espace qu'on lui laisse pour échapper à son créateur.

#écriture #fiction #création #personnages #silence

20Friday

Ce matin, j'ai trouvé un cahier que je croyais perdu. Il était glissé entre deux livres de Marguerite Duras, comme si quelqu'un l'avait caché là exprès. En l'ouvrant, j'ai reconnu mon écriture d'il y a trois ans—ces phrases inachevées, ces tentatives de dialogue qui ne menaient nulle part. J'avais oublié à quel point je me débattais avec les fins, à cette époque.

Dans l'après-midi, j'ai relu ces vieux fragments. Il y avait une scène qui m'avait échappé : une femme attend son train sur un quai désert, elle compte les secondes entre deux gouttes de pluie qui tombent du toit de la gare. Vingt-trois secondes, exactement. Je ne me souvenais pas d'avoir écrit ça. La précision de ce détail m'a surprise—comme si une autre version de moi avait su quelque chose que j'ignore aujourd'hui.

J'ai voulu continuer la scène. J'ai écrit trois versions différentes de ce qui arrive ensuite. Dans la première, le train n'arrive jamais. Dans la deuxième, c'est le mauvais train qui s'arrête. Dans la troisième, la femme change d'avis et rentre chez elle à pied sous la pluie. Aucune ne sonnait juste. J'ai compris que le problème, c'était moi—je voulais expliquer pourquoi elle attendait, à qui elle pensait, ce qu'elle fuyait. Mais la scène n'avait pas besoin de ça.

Peut-être que certaines histoires doivent rester suspendues.

J'ai refermé le cahier et je l'ai remis entre les deux Duras. Cette fois, je sais où il est. La prochaine fois que je le retrouverai, peut-être que je comprendrai ce que cette femme attend vraiment. Ou peut-être qu'elle attendra encore, et que ce sera suffisant.

#écriture #fiction #fragments #scènes #mémoire

21Saturday

Ce matin, j'ai trouvé un carnet oublié dans le tiroir du bas. Couverture rouge sang, pages jaunies par le temps. En l'ouvrant, j'ai reconnu mon écriture d'il y a cinq ans — cette façon de boucler les e que j'ai depuis abandonnée. C'était une nouvelle inachevée, l'histoire d'une femme qui collectionnait les dernières phrases des livres qu'elle lisait.

J'ai voulu reprendre là où je m'étais arrêtée, mais mes doigts ont hésité au-dessus du clavier. L'erreur que j'ai faite alors me semble évidente maintenant : j'essayais de tout dire, de tout expliquer. Je voulais que le lecteur comprenne exactement pourquoi cette femme collectionnait ces phrases, quel traumatisme l'avait poussée là. Mais l'histoire n'avait pas besoin de ça. Elle avait besoin de silence.

Alors j'ai recommencé. Cette fois, j'ai gardé seulement le geste : une main qui ferme un livre, des lèvres qui murmurent une phrase, un stylo qui gratte le papier. Pas d'explication. Pas de psychologie. Juste le rituel, encore et encore, comme une prière dont on aurait oublié le sens.

Par la fenêtre, le vent faisait claquer les volets du voisin — un rythme irrégulier, presque syncopé. Ce son s'est glissé dans ma nouvelle sans que je le décide vraiment. Ma protagoniste l'entend aussi, maintenant. Elle lève la tête entre deux phrases copiées, se demande si quelqu'un essaie d'entrer ou de sortir.

J'ai appris quelque chose aujourd'hui : les meilleures histoires ne se construisent pas, elles se trouvent. Elles sont déjà là, dans le tiroir du bas, dans le claquement d'un volet, dans cette façon que j'avais de boucler mes e. Il suffit d'écouter assez longtemps pour les entendre.

Ce soir, avant de fermer mon ordinateur, j'ai relu ma nouvelle. Elle se termine au milieu d'une phrase. Cette fois, c'est un choix.

#fiction #écriture #nouvelle #processuscréatif

22Sunday

La fenêtre était entrouverte ce matin, et un souffle froid s'est glissé dans la chambre—ce n'était pas encore le printemps, malgré ce que prétendait le calendrier. J'ai écouté les oiseaux, leurs voix encore hésitantes, comme s'ils répétaient une langue oubliée pendant l'hiver. Un merle, je crois. Ou peut-être un souvenir d'un merle.

J'ai commencé une nouvelle histoire hier soir, trop tard, les yeux brûlants de fatigue. Ce matin, en relisant, j'ai trouvé des phrases qui ne menaient nulle part, des personnages qui se contredisaient d'un paragraphe à l'autre. L'erreur était simple : j'avais voulu forcer la fin avant de comprendre le début. J'ai tout effacé, sauf une ligne—"Elle portait son silence comme d'autres portent des bijoux"—que j'ai recopiée dans mon carnet, une graine pour plus tard.

Au marché, cet après-midi, une femme âgée arrangeait des tulipes dans des seaux. Je l'ai regardée faire, ses mains précises, presque chorégraphiées.

« Vous en voulez? » m'a-t-elle demandé.

« Je ne sais pas encore », ai-je répondu, et elle a souri comme si c'était la seule bonne réponse.

J'ai acheté trois tiges blanches, presque translucides dans la lumière. En rentrant, je les ai mises dans un vase sans eau—juste pour voir combien de temps elles tiendraient, cette beauté suspendue. Une petite expérience cruelle, peut-être, mais j'avais besoin de savoir si l'éphémère pouvait être capturé, même brièvement.

Ce soir, assise à ma table, j'ai repris l'histoire. Cette fois, j'ai laissé les personnages décider. Ils ont murmuré, hésité, changé de direction. L'un d'eux a disparu complètement, comme avalé par la page blanche. Je ne l'ai pas rappelé.

Les tulipes, maintenant, commencent à courber leurs tiges. Elles ne sont plus blanches mais presque grises, comme si elles devenaient cendre avant même de mourir. Demain, je leur donnerai de l'eau. Ou peut-être que je les laisserai terminer leur transformation, devenir cette autre chose qu'elles cherchent à être.

Certains silences ne demandent pas à être remplis.

#fiction #écriture #poésie #quotidien #observation

24Tuesday

La lumière du soir tombait en oblique sur mon bureau quand j'ai relu la première page. Trois fois. Les mots refusaient de se tenir ensemble. Cette nouvelle que j'écris depuis des semaines — celle de la femme qui attend un train qui ne viendra jamais — elle s'effiloche entre mes doigts comme de la fumée.

J'ai fermé le cahier. Par la fenêtre, les arbres se balançaient doucement, leurs branches encore nues traçant des lignes précises contre le ciel qui bleuissait. Le vent portait cette odeur particulière de terre humide et de quelque chose d'autre, quelque chose de plus ancien. J'ai pensé à Virginia Woolf qui écrivait : "Arrange whatever pieces come your way." Mais comment arranger ce qui refuse d'avoir une forme?

Vers dix-neuf heures, ma sœur a téléphoné.

« Tu travailles encore? »

« J'essaie. »

« Ça veut dire non. Viens dîner. »

J'ai hésité. Le curseur clignotait sur l'écran vide. Partir maintenant, c'était admettre la défaite. Rester, c'était regarder ce vide pendant encore trois heures. J'ai choisi la première option.

Au restaurant, entre deux bouchées de pain, elle m'a raconté une histoire banale sur son collègue qui avait oublié son pantalon au pressing. J'ai ri. Et en riant, quelque chose s'est déplacé. Pas la solution, non — plutôt une permission. Celle de laisser l'histoire respirer, de ne pas tout résoudre ce soir.

En rentrant, la lune était déjà haute. J'ai rouvert le cahier, mais je n'ai rien écrit. J'ai juste regardé les mots déjà là, ces fragments qui cherchent encore leur constellation. Demain, peut-être, ils trouveront leur place. Ou après-demain. L'écriture est ainsi : elle attend qu'on apprenne à attendre avec elle.

#écriture #nouvelle #fiction #processuscréatif #patience

25Wednesday

J'ai relu trois fois la même phrase ce matin avant de comprendre qu'elle ne menait nulle part. Une description de fenêtre qui s'étirait sur deux pages sans jamais laisser entrer la lumière. J'ai effacé le tout, gardé seulement : La vitre tremblait. Quatre mots. Le reste était du bruit.

En marchant vers le marché, j'ai entendu une femme dire à son fils : « Tu verras, ça passera comme le reste. » Le garçon ne répondait pas, il fixait ses lacets défaits. Je me suis demandé ce qui devait passer. Une peine d'amitié, un mauvais résultat, une colère rentrée. J'ai imaginé dix histoires différentes avant d'arriver aux étals de légumes. C'est peut-être ça, écrire : inventer les silences des autres.

J'ai acheté des poires qui n'étaient pas mûres. Le vendeur m'a dit de les laisser deux jours près de la fenêtre. Deux jours d'attente pour quelque chose qui existe déjà. Comme un manuscrit dans un tiroir. Comme une fin que je connais mais que je n'ose pas encore écrire.

Rentrée chez moi, j'ai ouvert le cahier bleu, celui que je garde pour les fragments. J'y ai noté : Certaines portes ne grincent que lorsqu'on les ferme. Je ne sais pas encore où cela ira, mais la phrase demandait à exister. Elle attendait depuis hier soir, suspendue quelque part entre le sommeil et le réveil.

Le soir est tombé sans prévenir. J'ai allumé une bougie plutôt que la lampe. La flamme transforme les ombres en personnages. Elles bougent, hésitent, disparaissent quand je tourne la page. Si j'écrivais une scène maintenant, elle sentirait la cire tiède et le papier ancien. Elle aurait le poids du mercredi qui s'achève, cette fatigue douce des jours qui ne promettent rien.

Demain, je retournerai à cette phrase que j'ai effacée. Peut-être qu'elle méritait de trembler, finalement. Peut-être que le bruit fait partie de la lumière.

#écriture #fiction #fragment #mercredi #création

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