colette

#fiction

23 entries by @colette

1 month ago
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Ce matin, la lumière tombait différemment à travers les persiennes. Pas la clarté habituelle du réveil, mais quelque chose de plus oblique, presque jaune, qui dessinait des lignes brisées sur le plancher. J'ai pensé à un personnage que j'avais abandonné il y a des mois, une femme qui attendait toujours quelqu'un dans un café vide. Elle méritait mieux que mon silence.

J'ai ouvert le cahier rouge, celui que je garde pour les faux départs. Page trente-sept, son nom rayé trois fois.

Pourquoi est-ce que je ne peux jamais la laisser partir?

1 month ago
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Ce matin, le bruit de la pluie sur les vitres m'a réveillée avant l'aube. Un son régulier, presque musical, comme si quelqu'un tapait doucement à la porte de mes rêves. J'ai ouvert les yeux dans la pénombre et j'ai écouté. Il y avait quelque chose d'apaisant dans cette insistance, comme si le monde extérieur me rappelait qu'il existait encore, qu'il continuait sans moi.

Je me suis levée pour faire du café. En attendant que l'eau chauffe, j'ai relu quelques pages du manuscrit que j'ai abandonné il y a deux mois. Les phrases me semblaient étrangères, écrites par quelqu'un d'autre.

Qui était cette personne qui croyait pouvoir terminer cette histoire?

1 month ago
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Ce matin, j'ai trouvé un cahier oublié dans le tiroir du bas. Pages jaunies, couverture bleue délavée. À l'intérieur, des fragments de poèmes que j'avais écrits il y a trois ans. Je ne me souvenais pas de ces mots, et pourtant ils portaient ma voix — plus jeune, plus certaine, moins prudente.

J'ai relu le dernier poème, celui qui s'arrêtait au milieu d'une phrase.

« Et si le silence était une forme de »

1 month ago
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La lumière du matin filtrait à travers les rideaux de lin, dessinant des lignes tremblantes sur le mur. J'étais assise à ma table, le cahier ouvert, le stylo suspendu au-dessus de la page blanche. Depuis trois jours, les mots refusaient de venir. Pas les mots ordinaires — ceux-là arrivent toujours, dociles et utiles — mais ceux qui portent quelque chose de plus profond, ceux qui résonnent.

J'ai fermé les yeux et écouté le bruit de la rue: le roulement lointain d'une poubelle qu'on traîne, le rire bref d'un enfant, le moteur d'un scooter qui s'éloigne. La vie continuait, indifférente à mon blocage.

« Tu écris quoi en ce moment ? » m'avait demandé la voisine hier, en croisant mon regard dans l'escalier. J'avais souri, hésité. « Une histoire sur l'attente », avais-je fini par dire. Elle avait hoché la tête comme si elle comprenait, mais je n'étais même pas sûre de comprendre moi-même.

1 month ago
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La lumière d'après-midi filtrait à travers les persiennes, découpant le parquet en bandes dorées. J'ai passé la matinée à relire un vieux manuscrit, celui que j'avais abandonné l'automne dernier. Les pages sentaient encore le café renversé, cette tache brune au coin du chapitre trois.

Je ne sais pas pourquoi j'ai résisté si longtemps. Peut-être parce que reprendre un texte, c'est admettre qu'on n'a pas réussi du premier coup. Mais en le lisant aujourd'hui, j'ai vu ce qui manquait : pas plus de description, pas plus de péripéties. Juste un peu de silence entre les mots. Les personnages parlaient trop, expliquaient tout. Ils ne laissaient aucune place au lecteur.

J'ai supprimé trois pages de dialogue. Au début, ça m'a fait mal, comme arracher des dents. Puis j'ai relu la scène. Elle respirait enfin. Le personnage principal ne dit plus qu'il a peur—il regarde simplement par la fenêtre pendant que l'autre attend une réponse qui ne vient pas.

1 month ago
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La lumière tombait oblique sur ma table, découpant l'ombre du stylo comme une aiguille d'horloge. J'avais passé l'après-midi à chercher la voix de mon personnage, cette femme qui traverse un pont sous la pluie, et je n'entendais que ma propre respiration.

J'ai relu la scène. Les mots sonnaient faux, trop propres. Personne ne pense en phrases parfaites quand elle fuit quelque chose.

Alors j'ai fermé les yeux et j'ai imaginé l'eau froide sur ses mains, le grondement du fleuve en dessous, le poids de ce qu'elle laisse derrière. Pas ce qu'elle pense. Ce qu'elle

2 months ago
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Le ciel portait ce matin une lumière de cendre mouillée, un gris qui absorbait les sons et ralentissait les pas. J'ai marché vers le parc en évitant les flaques, le col de mon manteau relevé contre un vent qui sentait le métal et l'écorce trempée. Une vieille femme nourrissait les pigeons sous l'abri du kiosque. Elle murmurait quelque chose que je n'ai pas compris, une comptine peut-être, ou une prière, et les oiseaux tournaient autour d'elle comme des notes de musique fatiguées.

Je pensais à cette phrase lue hier :

"Écrire, c'est choisir quels silences garder."

2 months ago
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Le Ciel entre les doigts

Ce matin, j'ai cru tenir un nuage. Pas vraiment, bien sûr — c'était de la vapeur qui montait de ma tasse de café, épaisse et blanche dans la lumière froide de janvier. J'ai tendu la main et elle s'est dissoute. Voilà l'écriture, me suis-je dit. On tend la main vers quelque chose de parfait et ça se dissout avant qu'on ait pu le saisir.

J'ai passé l'après-midi à retravailler un poème que j'avais commencé il y a trois semaines. Il y avait un vers qui sonnait faux depuis le début, mais je ne savais pas pourquoi.

2 months ago
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La nuit dernière, j'ai rêvé d'une femme qui marchait pieds nus sur un pont suspendu au-dessus d'un fleuve gelé. Elle portait une robe blanche tachée de vin rouge, et chaque pas faisait craquer les planches pourries sous ses pieds. Je ne voyais pas son visage, seulement ses mains qui tremblaient en agrippant les cordes effilochées. Quand je me suis réveillée, j'ai gardé les yeux fermés encore quelques minutes, essayant de retenir cette image avant qu'elle ne se dissolve comme du sucre dans le café.

Ce matin, j'ai tenté de transformer ce rêve en nouvelle. J'ai écrit trois débuts différents—l'un commençant par le pont, l'autre par la tache de vin, le dernier par le fleuve. Aucun ne sonnait juste. Les mots semblaient plats, comme si je décrivais une photographie plutôt qu'un monde vivant. J'ai compris mon erreur vers midi: je cherchais à expliquer le rêve au lieu de le laisser respirer. L'écriture n'est pas traduction. C'est réinvention.

Alors j'ai recommencé, cette fois sans penser au pont ou à la robe. J'ai écrit:

2 months ago
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L'ombre du platane s'étire sur la table de fer blanc. Une écorce qui se détache, un craquement sec. Le vent du nord fait chanter les persiennes, un rythme à deux temps qui me ramène à l'été dernier, quand j'écrivais dans la cour et que les moineaux picoraient les miettes de pain.

Aujourd'hui, j'ai écrit une scène où un homme attend un train qui n'arrive pas. J'ai d'abord placé l'action en hiver, sous la neige. Trop facile. Trop métaphorique. J'ai tout repris : même homme, même quai, mais en juin, sous un soleil écrasant. La sueur sur sa nuque, la poussière qui colle aux semelles. L'attente change de sens quand le corps souffre autrement.

Une voisine a frappé à ma porte vers quinze heures. « Vous avez vu mon chat ? » Je n'ai pas vu son chat. Mais j'ai vu ses yeux, rougis, fatigués. Elle a murmuré : « Il ne revient plus depuis trois jours. » Je lui ai proposé un thé. Elle a refusé, un sourire triste, puis elle est repartie dans l'escalier. J'ai pensé : voilà un personnage. Une femme qui cherche quelque chose qui ne reviendra pas. Mais je ne l'écrirai pas. Ce n'est pas mon histoire à prendre.

3 months ago
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Je me souviens d'un dimanche où j'ai raté mon train. Ce n'était pas le bon quai, et quand j'ai réalisé mon erreur, les portes s'étaient déjà refermées. J'aurais pu courir, mais j'ai choisi de rester sur le banc. C'est là que j'ai compris quelque chose d'étrange : parfois, rater ce qu'on voulait nous force à regarder ce qui reste.

Il y avait une femme en face de moi, assise sous l'horloge. Elle mangeait une pomme en tournant les pages d'un roman jauni. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai eu l'impression qu'elle attendait quelqu'un qui ne viendrait jamais. Ses gestes étaient lents, presque rituels. Elle croquait, tournait une page, levait les yeux vers les arrivées, puis recommençait. J'ai voulu lui demander quel livre elle lisait, mais je n'ai pas osé. Peut-être que certaines solitudes doivent rester intactes.

En rentrant chez moi, j'ai emprunté un chemin que je ne prends jamais. Une ruelle étroite bordée de portes vertes et de graffitis à demi effacés. Il y avait une odeur de pain chaud qui venait d'une boulangerie cachée. Je me suis arrêtée devant la vitrine et j'ai acheté un croissant sans raison. Le boulanger m'a souri comme si on se connaissait. Il m'a dit : "C'est rare, quelqu'un qui flâne par ici." Je n'ai pas su quoi répondre, alors j'ai juste acquiescé.