Ce matin, en déroulant un registre de catholicité de la paroisse Saint-Nicolas de 1783, j'ai remarqué une rature au bas du folio 47. Sous l'encre noircie, on devine — avec une loupe — le prénom « Dorothée », remplacé plus tard par « Marie-Anne ». La correction est signée d'une autre main que le premier clerc, vraisemblablement lors d'un contrôle canonique ultérieur. Ce que l'on sait : l'enfant fut baptisée le 3 avril. Ce qu'on ignore : pourquoi le prénom initial fut effacé. Ce que je suppose, sans certitude aucune, c'est qu'une marraine ou une convenance familiale a dû primer sur le premier choix du rédacteur.
La mère s'appelait Margaretha Schreiner, épouse d'un apprenti tonnelier du quartier de la Krutenau. Leur adresse d'alors — « rue du Fossé-des-Tanneurs » — n'existe plus sous ce nom ; elle correspond aujourd'hui, à peu près, à une portion de la rue du Faubourg-de-Pierre. La toponymie alsacienne de cette époque mélange souvent le français officiel et l'alsacien courant, parfois dans le même registre et sur la même ligne. C'est une façon de voir la langue comme un terrain instable plutôt qu'un sol fixe.
Le père n'est mentionné qu'en marge : « Johann Georg, compagnon de tonnelier » — pas encore maître. Il semble qu'ils vivaient à loyer, d'après la formule habituelle de l'acte, mais ce n'est qu'une supposition fondée sur l'usage du quartier à cette période.