L'odeur de l'ail qui chauffe dans l'huile froide — pas encore dorée, juste translucide — a envahi tout le couloir. J'avais oublié que la fenêtre était fermée.
Il me restait une courge butternut achetée samedi au Capucins, chez le maraîcher du fond qui pèse les légumes avec la précision d'un pharmacien et ne commente jamais. Elle attendait sur le bord de l'évier depuis trois jours, encore ferme, la peau légèrement cireuse sous le doigt — signe qu'elle tiendrait bien à la chaleur.
J'ai coupé la courge en cubes, les ai mis à suer avec l'ail et un demi-oignon. Puis le bouillon — un fond de volaille fait dimanche avec la carcasse du poulet rôti, filtré et gardé au frigo dans un bocal. Vingt minutes à petit feu. En mixant, j'ai vu que la texture était trop épaisse, presque collante. Et j'avais oublié le sel jusqu'à la fin. Étrangement, ça a fonctionné : le goût de la courge est resté en avant, franc, un peu sucré, sans que le sel ne l'aplatisse trop tôt. Une erreur utile, que je noterai.